Aussi les écrivains anciens s’occupèrent-ils copieusement des courtisanes. Mais il ne nous est resté des recueils consacrés à la prostitution que des lambeaux isolés et des traits épars, qu’Athénée a cousus tant bien que mal dans son Banquet des savants. Nous savons cependant que Gorgias, Ammonius, Antiphane, Apollodore, Aristophane, Nicénète de Samos ou d’Abdère, Sosicrate de Phanagon avaient écrit des traités érotico-historiques, et que Callistrate avait rédigé l’Histoire des courtisanes. Un grand nombre de pièces de théâtre disparues portaient aussi le nom de courtisanes fameuses : la Thalatta de Dioclès, la Corianno de Phérécrate, l’Antée de Phylillius, la Thaïs et la Phannium de Ménandre, la Clepsydre d’Eubule, la Nérée de Timoclès[64].

[64] Chaussard, Fêtes et courtisanes de la Grèce, t. IV, ch. I.

C’est grâce à ces écrivains qu’ont pu parvenir jusqu’à nous les noms des plus célèbres distributrices de volupté, avec des traits qui ne manquent pas de saveur.

Corinthe s’est acquis, dans l’antiquité, une grande réputation pour le dévergondage de ses femmes : « Honnête à coup sûr, dit Lysistrata, comme on l’est à Corinthe. » Leur rapacité n’était pas moins connue. « Les courtisanes de Corinthe, dit Chrémile, qu’un pauvre leur adresse des propositions, elles ne l’écoutent pas ; mais si c’est un riche, elle se couchent aussitôt (clunes extemplo eas huic obvertere). » Aussi disait-on couramment et avec intention : « Il n’est pas donné à tout le monde d’aller à Corinthe », ou bien « on ne va pas impunément à Corinthe[65]. »

[65] Aristophane, Lysistrata. — Plutus.

La plus fameuse des aulétrides grecques fut Lamia qui, après avoir été la maîtresse de Ptolémée, roi d’Egypte, captiva dans son automne Démétrius Poliorcète, grâce à sa longue expérience des voluptés. Le roi de Syrie lui montrait un jour nombre de parfums exquis dont Lamie faisait fi. Démétrius piqué demanda un pot de nard, en fit verser dans sa main et s’en frotta les parties viriles avec les doigts. Puis il dit : « Flaire donc, Lamie ». Lamie répond en éclatant de rire : « Malheureux ! c’est celui qui a l’odeur la plus putride. — Quoi ! répartit Démétrius, c’est cependant du parfum de gland royal[66]. »

[66] Athénée, Banquet, XIII, 5.

Corisque a inspiré quelques lignes élégiaques à l’un de ses amants : « Oui, c’est être au rang des dieux que de passer une nuit à côté de Corisque ou de Camétype. Ah ! quelle chair ferme ! quelle belle peau ! quelle douce haleine ! quel charme dans leur résistance avant qu’elles vous cèdent ! il faut combattre, être souffleté, recevoir des coups de ces mains délicates ! mais est-il un plaisir pareil[67] ! »

[67] Athénée, Banquet, XIII, 3.

Gnatène avait écrit en 320 vers et placé dans son vestibule le code de ses institutions, les lois érotiques, le régime que les galants devaient observer en entrant soit chez elle, soit chez sa fille.