Mnésiloque en effet, déguisé en femme, s’est introduit aux Thesmophories pour plaider la cause d’Euripide, et il en profite pour dévoiler quelques turpitudes des femmes. L’une, dès la troisième nuit de son mariage, va retrouver son amant, qui l’avait séduite à sept ans, et se livre à lui à demi couchée sur l’autel d’Apollon, devant le vestibule de sa propre maison. Celles-ci accordent leurs baisers à des esclaves et à des muletiers. D’autres, après une nuit de caresses adultères, mangent de l’ail dès le matin afin de rassurer le mari qui a veillé sur le rempart. Une autre, en étalant sous les yeux de son mari un large manteau pour le lui faire admirer au grand jour, dissimule ainsi son amant et lui donne le moyen de s’échapper[78].
[78] Aristophane, Lysistrata, L’Assemblée des femmes, Les Thesmophories.
N’était-ce pas d’ailleurs pour le baiser, pour le raffinement du baiser, que les femmes grecques épilaient soigneusement leur sexe à la flamme d’une lampe ou au rasoir ? Si bien que, le jour où elles sont décidées à éloigner d’elles maris et amants, elles prennent tout d’abord la résolution de laisser croître les poils sous les aisselles et ailleurs, plus touffus qu’un taillis ; elles jettent leurs rasoirs, afin de devenir toutes velues et de ne plus ressembler à des femmes[79].
[79] Aristophane, Lysistrata, L’Assemblée des femmes.
Et les enseignes des établissements de bains ne dévoilent-elles pas un état d’âme ou de sens bien suggestif ? « Jeunes femmes qui avez de l’amour au cœur, et toutes en ont, venez ici. Vous sortirez d’ici plus gracieuses, plus jolies. Celle qui est fille verra de nombreux prétendants lui apporter leurs cadeaux. Pour vous qui spéculez sur vos charmes, vous trouverez des essaims d’amants à vos portes en sortant de ce bain[80]. »
[80] Anthologie grecque, Epigrammes descriptives, 621.
Cet état était d’ailleurs entretenu par les représentations érotiques offertes surtout aux hommes dans les meilleures maisons. Ainsi à la fin du repas donné par Callios en l’honneur du jeune Autolycus, vainqueur au pancrace, un esclave annonce : « Citoyens, voici Ariadne qui entre dans la chambre nuptiale destinée à elle et à Bacchus. » Et les acteurs chargés des rôles des époux prennent des poses amoureuses et passionnées : loin de s’en tenir au badinage, ils unissent réellement leurs lèvres, ressemblant à des amoureux impatients de satisfaire un désir qui les pressait depuis longtemps. Lorsque les convives les virent se tenir enlacés et marcher vers la couche nuptiale, ceux qui n’étaient point mariés firent le serment de se marier, et ceux qui l’étaient montèrent à cheval et volèrent vers leurs épouses, afin d’être heureux à leur tour[81].
[81] Xénophon, Le Banquet, ch. IX.
La danse tenait aussi une grande place chez les anciens : elle était la partie la plus brillante et la plus voluptueuse des fêtes. Toujours très expressive, elle prenait souvent un caractère licencieux, et par ses mouvements lascifs aidait à l’excitation sensuelle. C’était : le hormos, que les vierges de Sparte, parées de leur seule beauté, dansaient mélangées avec les jeunes gens les plus lestes et les plus vigoureux ; l’ionique, que dansaient les Siciliens en l’honneur de Diane Chitonée et au milieu des coupes ; le kallibas, exercice des femmes, périlleux et lascif ; l’apokinos, danse libertine, remarquable par les onduleuses crispations, les convulsions aimables que les femmes nues imposaient à leurs reins agiles ; l’aposésis, dans laquelle la danseuse remuait les hanches avec une précise volupté et s’appliquait à prendre des attitudes érotiques ; l’epiphallos, où danseurs et danseuses se défient aux combats d’amour, s’enlacent, se pressent avec des contorsions et des cris finissant dans une orgie de bacchantes ; la cordace, des plus indécentes et lubriques ; le konisalos, exercice dévergondé des jambes ; la lamprotera, dansée sans vêtements et sur des paroles excessivement libres ; la magodè, danse voluptueuse ; la riknoustie, trémoussement de tout le corps s’accompagnant du langage provoquant des regards ; le mothon, danse d’esclaves, où l’obscénité était portée à son comble[82].
[82] Athénée, Le Banquet, XIV ; — Voir Chaussard, Fêtes et Courtisanes de la Grèce, t. III, 3e partie.