Les plaisanteries érotiques provoquaient le petit frisson : « Conon a deux coudées, sa femme en a quatre. Quand ils sont au lit et que leurs pieds se touchent, examine un peu où va la bouche de Conon. »[83]
[83] Anthologie grecque : Epigrammes comiques, 108.
Et la défaillance d’un baiser devenait matière à élégie : « Moi qui jadis sacrifiais à Vénus cinq et même neuf fois consécutives, voici maintenant que j’ai de la peine à parfaire un baiser, du début de la nuit au lever du soleil… O vieillesse, à quoi me destines-tu, si déjà je faiblis à ce point ? »[84]
[84] Anthologie grecque : Epigrammes comiques, 30.
Aussi, pour prévenir ces défaillances et rendre aux athlètes de Vénus leur première vigueur, les magiciennes de Thessalie composaient-elles des breuvages auxquels les Grecs donnaient le nom de satyrion. La base de ces préparations était les tubercules frais de l’orchis-hircina, que les magiciennes faisaient dissoudre dans du lait de chèvre, et donnaient aux vieillards épuisés pour rallumer en eux les feux de l’amour. Elles se plaisaient à conter qu’Hercule, ayant reçu l’hospitalité chez Thespius, avait, grâce à ce breuvage, défloré dans une nuit les cinquante filles de son hôte. Ainsi encore Proculus, ayant fait prisonnières cent jeunes vierges, les rendit toutes femmes en quinze jours. Un roi des Indes ayant envoyé à Antiochus une plante de l’espèce des satyrions, Théophraste assure que l’esclave chargé de ce végétal offrit de suite soixante-dix sacrifices à Vénus. Les magiciennes employaient aussi, au même usage, la bergeronnette, dont les mouvements sont vifs et animés. Elles l’attachaient à une roue qu’elles faisaient tourner avec une très grande rapidité et en chantant des chansons érotiques[85].
[85] Théophraste, Histoires IX, 9 ; — Xénophon, Mémoires sur Socrate, III, 11 ; — Voir C. Famin, Peintures, bronzes et statues érotiques formant la collection du cabinet secret du Musée royal de Naples. Paris, 1832.
Faut-il s’étonner, après tout cela, que l’habileté professionnelle des courtisanes, leur science du baiser fût si haut prisée chez les anciens, friands de voluptés, de libertinage, d’obscénité même ? Ne voyons-nous pas Bdélycléon, désireux de se gagner Philocléon, lui promettre mille choses, et surtout une courtisane qui lui frottera les reins et le priape (quae penem ei lumbosque fricabit) ? Aristophane a raillé cette passion, et il en a donné une expression significative lorsqu’il a cité les deux courtisanes Salabaccha et Nausimacha, en les déclarant supérieures à deux généraux athéniens ; et aussi lorsque, dans les Grenouilles, Eschyle reproche à Euripide d’imiter dans sa poésie les douze postures de Cyrène. Cette dernière, en effet, s’acquit une grande réputation et le surnom fameux de Dôdékamèchanon (aux douze attitudes) parce qu’elle affichait et justifiait la prétention de connaître et de réaliser douze postures différentes du baiser de volupté[86].
[86] Suidas, Lexicon : Dôdékamèchanon ; — Aristophane, Grenouilles ; — Thesmophories.
Il avait même plu aux anciens de classer les femmes des différentes régions de la Grèce d’après le genre de volupté qu’elles préféraient ou pratiquaient le plus savamment. Les Corinthiennes n’avaient pas de spécialités, ou plutôt elles les avaient toutes ; fameuses pour la souplesse de leurs reins et l’élasticité de leurs mouvements, elles multiplient les plaisirs de l’homme qui les a choisies, en lui abandonnant toutes les parties de leur corps qui peuvent lui procurer des sensations nouvelles. Aussi, dans la langue grecque, korinthiadzein est-il devenu synonyme de forniquer.
Les Phéniciennes, disait-on, se peignaient les lèvres pour imiter l’entrée du vrai sanctuaire de l’Amour ; elles enduisaient ensuite de miel le priape de ceux qu’elles voulaient fêter, le tétaient avec ardeur, lubréfiaient la peau fine qui l’enveloppe et leur salive imprégnée du suc attirait des flots d’amour.