Les Lesbiennes s’adonnaient avec passion au même exercice qu’elles passent pour avoir inventé. Elles préféraient toutefois plonger leur langue dans les appas secrets des jeunes filles et obtenir d’elles le même baiser. Les plus vicieuses, nommées tribades, empruntaient aux Milésiennes un priape postiche en cuir qu’elles désignaient sous le nom d’olisbon, simulant ainsi le baiser bi-sexuel.
Les Syphniassiennes (de l’île de Siphnos), savaient, avec dextérité, caresser profondément de leurs doigts souples les parties les plus secrètes de leurs amants.
Les Chalcidisseuses faisaient servir aux voluptés du baiser des enfants aux gestes innocents, à la peau blanche, aux mains potelées ; elles partageaient ce vice répugnant avec les Chalcidisseuses, dont le nom provient d’une ville inconnue[87].
[87] Suidas, Lexicon : Korinthiadzein ; Lesbiadzein ; Siphniadzein ; Phikididzein ; Phoikinidzein ; Kalkididzein ; — Aristophane, Lysistrata ; — Potter, Archæologia Græca, Leyde, 1702, IV, 12.
La science précise des attitudes du baiser eut, d’autre part, en Aristophane un vulgarisateur d’une verve peu timorée. Sous prétexte de moraliser, le poète comique expose crûment les tableaux les plus réalistes, qui valent pour nous des documents vécus. Nous en avons cueilli quelques-uns au cours de ces études ; en voici un nouveau qui nous paraît plus particulièrement exact et complet, en ce qu’il comprend à peu près en entier les différentes formes que peut revêtir la recherche des voluptés charnelles.
Dans un passage de la Paix, Trygée s’exprime en ces termes avec une équivoque obscène, où Théoria est considérée sous un double point de vue, comme fête sacrée et comme courtisane : « Sénat, Prytanes, regardez Théoria, et voyez quels biens précieux je remets en vos mains. Hâtez-vous de lui lever les deux jambes en l’air et d’immoler la victime. Admirez la belle cheminée (le sexe de Théoria) ; elle est tout enfumée ; car c’est ici qu’avant la guerre le Sénat faisait sa cuisine. Maintenant que vous avez retrouvé Théoria, vous pourrez dès demain célébrer les jeux les plus charmants, lutter contre elle à terre ou à quatre pattes, la coucher sur le côté, vous tenir à genoux inclinés devant elle, ou frottés d’huile engager vaillamment la lutte du pancrace et labourer votre adversaire à coups de poing et de queue.
« Le lendemain vous célébrerez des courses équestres où les cavaliers chevaucheront côte à côte, où les attelages des chars, renversés les uns sur les autres, soufflant et hennissant, se rouleront, se bousculeront à terre, tandis que d’autres rivaux précipités de leurs sièges tomberont écorchés près du but[88]. »
[88] Aristophane, La Paix.
C’est encore Aristophane qui nous a présenté à diverses reprises le débauché Ariphrade, cunnilinge fameux, célèbre à Athènes par son libertinage spécial : Ariphrade se plaît dans le vice ; ce n’est pas seulement un homme dissolu, gangrené, mais il a inventé un nouveau genre de débauches. Il souille sa langue par de honteuses voluptés en la plongeant dans les parties secrètes de la femme, même au moment où elles sont humides de menstrues ou de tout autre humeur[89].
[89] Aristophane, Les Chevaliers. — Voir le traité précis de Forberg : De figuris Veneris.