[104] Athénée, Le Banquet, XI, 4 ; — XIII, 8 ; — Bret, Lycoris ou la Courtisane grecque, Amsterdam, 1746, p. 34.
Aristote fut épris des charmes de son disciple Théodecte. Socrate, surnommé « sanctus pederastes », fut amoureux d’Alcibiade, lequel menait la vie la plus voluptueuse et passait des journées entières dans la débauche et les plaisirs les plus criminels. Habillé d’une manière efféminée, il paraissait sur la place publique traînant de longs manteaux de pourpre. Il faisait d’ailleurs cyniquement parade de ses vices monstrueux, et il fut convaincu d’avoir, dans une partie de libertinage avec ses amis, mutilé les hermès de lubrique manière, et contrefait les mystères ; Théodore y faisait les fonctions de héraut ; Polytion, celles de porte-flambeau ; Alcibiade, celles d’hiérophante ; les autres étaient les initiés ou les mystes, servant également Bacchus et Priape[105].
[105] Plutarque, Alcibiade, XVIII, XXIII.
Pour laisser un témoignage public de corruption, Alcibiade s’était fait peindre, pour ainsi dire, sous ses deux faces : nu et recevant la couronne aux jeux olympiques ; nu et encore vainqueur sur les genoux de la joueuse de flûte Néméa[106].
[106] Dufour, Histoire de la prostitution, I, p. 215.
Le vice était très répandu, même dans la classe des Athéniens distingués. Aristophane ne leur a pas ménagé les traits de sa mordante satire. Ici Bacchus parle de Clisthène l’orateur comme d’un navire ou d’une prostituée que l’on « monte ». Complètement imberbe, il ressemblait à un eunuque et se livrait à toutes les prostitutions ; plus loin, c’est le poète comique, Cratinus qui se rase à la mode des pédérastes, qui s’arrache les poils du derrière et se déchire les joues sur le tombeau d’un amant. Là Agoracitus, désireux de récompenser le peuple, lui donne un jeune garçon aux f… bien taillées (coleatum), et qu’il pourra employer à tous services. Voici le poète tragique Agathon, appelé Cyrène, du nom d’une courtisane aux mœurs dissolues, qui est accusé de se livrer aux pédérastes (pædicari), de s’agiter pour eux en mouvements lubriques (clunem agitare) ; sa robe même couleur de safran, exhale une suave odeur de membre viril. Et Pisthétérus, bâtisseur de la cité de rêve, s’écrie : « Je veux une ville où le père d’un beau garçon m’arrête dans la rue et me dise d’un air de reproche, comme si je lui avais manqué : Ah ! c’est bien agir, Stilbonide ! tu as rencontré mon fils qui revenait du bain, après le gymnase, et tu ne lui as pas parlé, tu ne l’as pas embrassé, ni emmené, tu ne lui as pas caressé les parties (neque testiculos attrectasti). Dirait-on que tu es un vieil ami ? »
Ce genre de débauches était particulièrement reproché aux orateurs ; c’est l’école où ils se forment, où ils forment leurs élèves, dit Aristophane. Athénée ajoute qu’ils mènent au Lycée leurs mignons rasés en haut, épilés par le bas. Les maîtres de rhétorique exigeaient pour prix de leurs leçons des complaisances infâmes. Dans les Grenouilles, Eschyle reproche à Euripide d’avoir enseigné le verbiage, à la suite de quoi les palestres ont été désertées, et les jeunes gens se sont prostitués (quæ res culos contrivit adolescentulorum). De même Lucien nous présente le jeune Clinias, amant de Drosé, détourné de sa maîtresse par un infâme philosophe, un certain Aristénète, un pédéraste qui, sous prétexte de philosophie, vit avec les plus jolis garçons et leur lit les dialogues érotiques des anciens philosophes[107].
[107] Athénée, Le Banquet, XIII, 2 ; Aristophane, Les Grenouilles ; Les Acharniens ; Les Chevaliers ; Plutus ; Les Thesmophories ; Les Oiseaux ; — Lucien, Dialogues des courtisanes, X.
Les pédérastes avaient pour la beauté de leurs mignons des sollicitudes infinies : « Pour les joues, il faut qu’elles soient nues et qu’aucun nuage, aucun brouillard ne vienne en obscurcir l’éclat. Des yeux fermés ne sont pas agréables à voir ; il en est de même des joues d’un beau visage, lorsqu’elles sont couvertes de poils. Emploie les onguents ; sers-toi de petits rasoirs ou de l’extrémité de tes doigts ; use de savon ou bien d’herbes ; enfin, de tout ce que tu voudras, mais fais en sorte de prolonger ta beauté. »
Et la jalousie, parmi ces amoureux invertis, revêt une forme aussi passionnée que dans l’amour naturel : « Je te salue, bien que tu ne le veuilles pas ; je te salue, bien que tu ne m’écrives point, toi, dont la beauté, accessible à d’autres, est pour moi seul pleine de fierté. Non, tu n’es pas fait de chair et de tout ce qui compose le corps humain, mais d’un mélange de pierre, de diamant et d’eau du Styx. Puissé-je te voir bientôt avec une barbe naissante, assiéger à ton tour la porte d’autrui !…