« Tu m’as bien l’air plutôt d’être un Scythe ou un barbare et d’arriver des régions où les autels sont si inhospitaliers. Tu peux alors suivre la coutume de ta patrie ; et si tu ne veux point écouter qui t’adore, prends une épée. Tu n’as rien à craindre. Ta victime ne cherchera pas même à se défendre. Une blessure de toi, ce serait le comble de ses vœux[108]. »
[108] Lettres galantes d’Aristénète, 19, 41, 61.
Encore est-il que tous ces baisers, pour libertins qu’ils soient, sont donnés et reçus par des êtres humains. Mais que dire de la passion d’une femme pour un âne dont elle paie d’une très forte somme les caresses durant une nuit. Laissée seule avec son amant aux longues oreilles, elle se déshabille et, toute nue, se parfume ainsi que son âne ; puis, le couvrant de baisers, elle l’attire sur le lit. Après l’avoir excité par mille caresses amoureuses, elle se glisse sous le ventre de l’animal, l’enlace, et se soulevant le reçoit tout entier en elle. Insatiable de voluptés, elle employa des nuits entières à cet exercice. Et le jour où cet âne, grâce à une métamorphose, a pris la forme humaine qu’il avait perdue à la suite d’une malsaine curiosité, il va retrouver son amoureuse, et, tout fier de lui, se met à nu, sûr de son effet. Mais elle le renvoie avec mépris. « Par Jupiter, dit-elle, ce n’est pas de toi, c’est de l’âne que j’étais amoureuse ; c’est avec lui et non avec toi que j’ai couché. Je pensais que tu avais conservé le bel et grand échantillon qui distinguait mon âne. Mais je vois bien qu’au lieu de ce charmant et utile animal, tu n’es plus, depuis ta métamorphose, qu’un singe ridicule. »[109]
[109] Lucien, Lucius ou l’âne, 51, 56.
Quelque désir que nous ayons de ne pas nous attarder à ces sortes d’aliénations sexuelles, nous devons, pour être complets, rappeler quelques attentats contre nature transmis par des écrivains dignes de foi.
C’est encore Lucien qui nous conte l’aventure d’un jeune homme distingué tombé éperdument amoureux de la statue de la Vénus de Gnide. Un soir il se cache dans le temple, où il est enfermé, à l’insu des prêtresses. Le lendemain on découvrit des vestiges de ses embrassements amoureux, et la déesse portait à la cuisse une tache comme un témoin de l’outrage qu’elle avait subi. Quant au coupable, il disparut pour toujours[110].
[110] Lucien, Les Amours, 15, 16.
Athénée cite deux exemples analogues :
Clisophe, devenu amoureux d’une statue de marbre de Paros, s’enferma dans le temple de Samos, où elle était, pour en jouir ; mais ne le pouvant pas, vu le froid et la dureté de la pierre, il se retira pour aller chercher un morceau de chair, qu’il y appliqua par devant, et se satisfit.
Polémon dit qu’il y avait dans la galerie des tableaux de Delphes deux enfants de pierre. Certain Théore ayant conçu la plus vive passion pour l’une de ces statues, s’enferma avec elle et laissa une couronne pour prix de sa jouissance[111].