[111] Athénée, Le Banquet, XIII, 8.
CHAPITRE V
Le Baiser dans les arts
La représentation de Priape. — La médaille de Lesbos. — La main phallique. — La Vénus de Gnide. — Eros hermaphrodite. — L’Aphrodision : galeries licencieuses.
Non seulement les auteurs anciens s’exprimaient librement sur des sujets pour lesquels nous avons inventé la pudeur, mais encore les peintres et les sculpteurs ne gardaient aucune retenue à cet égard. Trop près de la nature pour considérer déjà l’instinct sexuel comme chose honteuse, les Grecs, loin d’attacher une idée libertine à la représentation de l’organe de la génération, lui donnaient la plus haute signification symbolique. Nous n’en voulons pour preuve que le bronze célèbre que Benoît IV fit entrer au Vatican au Xe siècle : il représente le membre viril placé sur la tête du coq, emblème du soleil, porté sur le cou et les épaules par un homme ; c’est le pouvoir générateur de l’Eros. Et l’inscription du piédestal est des plus significatives, le Priape y étant dénommé « Sauveur du monde ».
Les Grecs ne répugnaient pas davantage à la représentation symbolique de la lasciveté sous la forme de groupes rappelant plus où moins directement le culte physiologique des Egyptiens pour le bouc de Mendès. Dans l’une de ces sculptures le bouc est passif, assailli lui-même par un être mythologique, faune ou satyre.
Pan lui-même était représenté se versant de l’eau sur les organes sexuels afin de fortifier le pouvoir créateur actif avec l’élément prolifique passif.
On trouve encore dans les anciennes sculptures certains êtres androgynes, possédant les organes des deux sexes. L’un d’eux est représenté endormi, avec les organes sexuels recouverts, et l’œuf du chaos brisé dessous. Sur l’autre côté, Bacchus le créateur, portant une torche, emblème du feu éthéré, la penche sur la figure endormie, pendant qu’un de ses agents semble attendre son ordre pour commencer l’exécution d’un office dont, selon des signes extérieurs très visibles, il s’acquittera avec énergie et succès[112].
[112] Richard Payne Knight, Le culte de Priape, p. 17 sqq. ; pl. II, fig. 3 ; pl. VII ; pl. V, fig. 1, 3.
Dans un spécimen de sculpture rapporté de l’île d’Elephanta, se trouvaient plusieurs figures de très haut relief : la principale est celle d’un homme et d’une femme exerçant mutuellement sur leurs organes respectifs une action énergique, emblème sans doute des pouvoirs actifs et passifs de la génération s’entr’aidant mutuellement[113].