[113] Richard Payne Knight, Le culte de Priape, pl. XI.

Mais voici un témoignage plus précis encore du culte sincère du baiser. Sur une gemme antique, une femme nue apporte à l’autel de Priape, et des deux mains, un nombre respectable de phallus : c’est l’expression matérielle d’une reconnaissance émue au dieu auquel elle doit des minutes précieuses[114].

[114] Richard Payne Knight, Le culte de Priape, pl. III, fig. 3.

Dans l’île de Lesbos l’acte générateur était une sorte de sacrement, ainsi qu’en témoigne la devise des médailles. Un mâle arc-bouté sur ses deux jambes, le phallus en érection, soulève une femme nue dont il a passé les deux jambes de chaque côté de son corps. Les figures, quelque peu bestiales, sont mystiques et allégoriques. Le mâle a un mélange du bouc dans sa barbe et dans ses traits, et doit représenter Pan, pouvoir générateur de l’Univers ; la femme a l’ampleur et la plénitude qui caractérisent la personnification des pouvoirs passifs[115].

[115] Richard Payne Knight, Le culte de Priape, p. 82 ; pl. LX, fig. 8.

Une médaille phénicienne nous a conservé la représentation du geste obscène dit « la figue » ou main phallique. C’est une amulette de temps immémorial. Les anciens avaient deux formes de cette main. L’une étendait le doigt du milieu, gardant le pouce et les autres doigts repliés sur eux-mêmes ; l’autre avait toute la main fermée, mais le pouce était passé entre l’index et le médium.

La première de ces formes est la plus ancienne : l’extension du médium y représente celle du membre viril, et les doigts repliés de chaque côté sont les testicules.

Aussi les Grecs nommaient-ils le médium katapugôn (adonné aux plaisirs vénériens), faisant allusion à des pratiques honteuses, moins cachées alors qu’aujourd’hui. Montrer la main dans cette forme s’exprimait en grec du mot skimalidzein, qui signifie primitivement enfoncer le médium au derrière des poules pour voir si elles vont pondre, et qui en est venu à désigner les caresses profondes aux hanches des femmes. Ce geste était considéré comme une insulte méprisante, désignant la personne indiquée comme adonnée aux vices anti-naturels.

Néanmoins, il était un véritable talisman contre les influences malfaisantes et, figuré en pierreries, il était suspendu au cou ou aux oreilles des femmes. Au musée secret de Naples se trouvent des spécimens de semblables amulettes sous forme de deux bras joints par le coude ; l’un d’eux est terminé par la tête d’un phallus, l’autre possède une main phallique[116].

[116] Richard Payne Knight, Le culte de Priape, p. 118, pl. II, fig. 1. Voir C. Famin, Peintures, bronzes et statues érotiques formant la collection du cabinet secret du Musée royal de Naples, Paris, 1832.