Le nombre des Vénus figurées en marbre dans les diverses villes de la Grèce était considérable. La plus remarquable était celle érigée à Gnide, dite ville de Vénus, et où on rencontrait tout naturellement des figures lascives de terre cuite. La statue, ouvrage de Praxitèle, était en marbre de Paros, et de la plus parfaite beauté. Phryné avait servi de modèle à l’artiste. « Sa bouche s’entr’ouvre par un gracieux sourire, ses charmes se laissent voir à découvert, aucun voile ne les dérobe ; elle est entièrement nue, excepté que de l’une de ses mains elle cache furtivement son sexe. » Le temple a une seconde porte pour ceux qui veulent contempler la beauté postérieure de la déesse[117].
[117] Lucien, Les Amours, 11, 13.
A Myrina, ancienne ville grecque d’Eolie, fut découverte, en 1870, une vaste nécropole que les membres de l’Ecole française d’Athènes fouillèrent de 1880 à 1883, pour en retirer quantité de terres cuites, parmi lesquelles :
Une scène nuptiale. Le jeune homme se penche comme pour saisir sous les bras sa compagne, chastement enveloppée sous de longs voiles qui recouvrent sa tête. C’est l’épisode du « dévoilement », le premier acte de la soirée des noces, quand les époux se retrouvaient seuls.
Une danseuse jouant des crotales. La crotalistria se livre à un mouvement violent, dont l’effet est augmenté par la transparence de la tunique, serrée autour du torse qui semble se dégager nu de l’himation. Cette figurine a un déhanchement sensuel très caractéristique.
Aphrodite assise sur un bouc. Cette statue en bronze, œuvre de Scopas, se trouvait dans l’enceinte d’un temple élevé à Elis. On la nommait Aphrodite Pandemos, ou Vénus populaire.
Eros hermaphrodite dansant, figurine destinée à être suspendue. « Dans l’aspect androgyne de ces représentations d’Eros, il faut se garder de voir un souvenir des vieilles conceptions de l’art oriental, ni même le type proprement dit de l’Hermaphrodite, qui ne se développa qu’assez tard en tant que création indépendante et prit facilement un caractère licencieux. Ce qui nous paraît étrange dans le type d’Eros hermaphrodite est précisément ce qui choque les idées modernes dans quelques dialogues de Platon : l’assimilation de la beauté virile à la beauté féminine, les hommages adressés à celle-là qui ne nous semblent convenir qu’à celle-ci. Pas plus que Phèdre ou Charmide, l’Eros de Praxitèle n’est hermaphrodite : il est beau de la double beauté de l’homme et de la femme ; c’est le chef-d’œuvre, ce n’est pas une erreur de la nature. Mais une pente rapide conduit des jeunes dieux de Praxitèle aux représentations sensuelles de l’Hermaphrodite. L’influence des religions orientales, à la fois mystiques et grossières, et surtout la décadence des mœurs, dénaturèrent l’idéal que la civilisation athénienne avait conçu. L’hermaphroditisme ne fut plus la synthèse de deux beautés, mais celle de deux sexes. »[118]
[118] Ecole Française d’Athènes : La Nécropole de Myrina, par E. Pottier et S. Reinach. Paris 1887 ; t. I, p. 293 sqq. ; pl. VI, 2 ; XII, 2 ; XIV, 1, 2 ; XV, 1 ; XXXIV, 2 ; XL, 3, 4.
Nous savons aussi, par des indiscrétions d’écrivains anciens, que chez les Grecs nombre de maisons comprenaient un réduit consacré uniquement au culte de Vénus. Les Grecs le nommaient Aphrodision, et l’on y a retrouvé des peintures érotiques. L’usage des images obscènes était d’ailleurs fréquent dans l’antiquité : les Grecs appelaient ces peintures lascives des grylli (bamboches, saletés), de grullos qui signifie « pourceau ». Les peintres Polygnote et Parrhasius sont cités par Pausanias et Pline comme ayant excellé dans ce genre de composition. Zeuxis, Philoxène, Apelles même s’amusèrent à des gravures priapesques.
Suétone conte que quelqu’un ayant légué à Tibère un tableau de Parrhasius « où Atalante prostitue sa bouche à Méléagre », et le testament lui donnant la faculté, si le sujet lui déplaisait, de recevoir à la place un million de sesterces (193.750 fr.), il préféra le tableau et le fit mettre dans sa chambre à coucher[119].