[119] Pline, Histoire naturelle, XXXV, 10 ; Suétone, Tibère, 44 ; C. Famin, Peintures, bronzes et statues érotiques du Musée royal de Naples.

Une peinture d’Aétion, proposée par Lucien comme modèle au style gracieux, représentait les noces d’Alexandre et de Roxane. Dans une chambre magnifique est un lit nuptial : Roxane y est assise ; c’est une jeune vierge d’une beauté parfaite. Elle regarde à terre, toute confuse de la présence d’Alexandre ; une troupe d’Amours voltige en souriant. L’un, placé derrière la jeune épouse, soulève le voile qui lui couvre la tête, et montre Roxane à son époux. Un autre, esclave empressé, délie la sandale comme pour hâter le moment du bonheur ; un troisième saisit Alexandre par son manteau et l’entraîne de toutes ses forces vers Roxane[120]. Ce dernier geste s’explique par l’hostilité avérée d’Alexandre pour le baiser vénérien[121].

[120] Lucien, Hérodote ou Aétion, 5.

[121] Voir chap. III.

Ces sortes de compositions devinrent si licencieuses et se multiplièrent à un tel point que les poètes se plaignirent de la dissolution des peintres. Les femmes de la Grèce, agitées d’un côté par les vapeurs des vins les plus violents dont elles étaient friandes, et de l’autre, par la vue de tant d’objets propres à irriter les sens, ne pouvaient que difficilement conserver quelque empire sur elles-mêmes[122].

[122] De Pauw, Recherches philosophiques sur les Grecs, t. II, p. 89.

Nous avons fort peu de documents précis, hors de ceux dont nous avons parlé et qui ont plutôt trait au culte public du baiser. Pour ce qui est des peintures ou sculptures érotiques et lascives appartenant aux galeries particulières, nous en sommes réduits à les deviner, surtout d’après les exemplaires retrouvés des galeries artistiques romaines, qui devaient pour la plupart imiter l’art grec ou s’en inspirer. Nous pourrons, au moment où nous étudierons le baiser chez les Romains, décrire, non sans quelque précaution verbale, les pièces d’un cabinet secret qui constitueraient le plus complet des aphrodisions.

Cependant un recueil, attribué au savant d’Hancarville, prétend reproduire un certain nombre de ces tableaux où les anciens se plaisaient à figurer les formes variées et séduisantes du baiser. Nous nous garderions d’affirmer la véracité du document ; nous serions plutôt tentés, après bien d’autres, de le déclarer controuvé. Mais la vraisemblance y est habilement sauvegardée : c’est notre excuse. Nous n’en aurions d’ailleurs aucune de passer sous silence une pareille tentative de reconstitution. Nous ne signalons ici que les sujets se rapportant plus directement aux mœurs grecques ; les sujets romains viendront à leur tour. Chacun des tableaux représentés est accompagné d’un court commentaire, que nous reproduisons, autant que faire se pourra.

No 12. — « Bizarrerie qu’une femme n’avoue pas, et qui montre l’ancienneté du goût peu orthodoxe reproché aux Grecs et aux Etrusques. » La gravure représente une scène de pédication où la femme est naturellement « cinède ».

No 28. — « Echantillon de la gymnastique des anciens ; les filles de Sparte s’y exerçaient comme les hommes. » Un jeune homme a soulevé une femme, laquelle croise les jambes dans son dos, tandis qu’il la pénètre.