Priape et l’âne de Silène. — Priapées. — Les Dionysiaques : chants phalliques. — Le langage des chariots. — Les Baptes.
Thesmophories : culte du baiser lesbien. — Aphrodisies : lutte de lubricité. — Fête d’Adonis.
Les Vénus grecques : Pandemos, Courtisane, Remueuse. — Offrandes des courtisanes.
Vénus Callipyge. — Les courtisanes sacrées de Corinthe.

Les Grecs se flattaient d’avoir embelli les graves allégories des Egyptiens ; alors que ces derniers, traitant les Grecs d’enfants, leur reprochaient de les avoir dégradées. L’Isis d’Egypte était l’emblème sacré de la nature, la Vénus de Grèce n’était qu’une courtisane. La religion grecque tendait en effet à faire de l’homme un être aimable, plein de grâces et de courage, en rassemblant autour de lui tous les plaisirs dont il est avide. Ainsi avait-elle divinisé l’amour, le baiser, source de vie, source de voluptés.

Mais avec leur imagination féconde et déréglée, les Grecs avaient mélangé confusément le culte transmis par les Egyptiens, et ceux des Syriens, des Babyloniens, des Phéniciens, des Phrygiens, pour enfanter le dédale inextricable d’une mythologie dans laquelle on s’égare aisément.

La cérémonie sacrée du Phallus, ils la tenaient bien des Egyptiens : mais le Priape vénérable, par suite de la corruption de l’ancienne mythologie, descendit du rang de dieu de la nature au rang de divinité rurale subalterne. Il fut supposé fils de Bacchus, vivant parmi les nymphes d’une fontaine, et exprimant la fertilité des jardins. Sa légende se dégage à peu près nette de mille fables.

Priape, fils de Vénus et de Bacchus, fut doté par la jalousie de Junon d’un membre gigantesque. Elevé à Lampsaque, il plaît si bien par sa force spéciale aux Lampsaciennes que les maris, jaloux et humiliés, le condamnent à l’exil. Mais sur les prières des femmes, une maladie honteuse atteint les époux à la source même de la virilité ; Priape, imploré et rappelé à Lampsaque, s’apaise. De là son culte dans cette ville.

L’âne lui était consacré en souvenir de la fable suivante. Un jour, Priape rencontra Vesta couchée sur l’herbe et plongée dans un profond sommeil. Il allait profiter d’une occasion aussi favorable à ses goûts lascifs, lorsqu’un âne vint fort à propos réveiller par ses braiments la déesse endormie, qui échappa aux poursuites du dieu libertin. D’autres écrivains rattachent cette association à une dispute que Priape eut avec l’âne de Silène sur le volume respectif de leurs avantages virils.

Sur les autels de Priape on faisait des sacrifices de primeurs ; des couronnes étaient posées sur la tête du dieu et ailleurs. L’attribut de sa force était porté en pompe dans les cérémonies publiques et même adoré en secret dans l’intérieur domestique. On imprimait cette forme à des vases et même à des coupes d’or, d’ivoire ou de verre. Les femmes enveloppaient ces instruments sacrés dans des langes de lin et de soie. On prétend qu’ils servaient alors d’auxiliaires pour la recherche de la volupté.

Les courtisanes consacraient à Priape des ex-voto significatifs, dont le nombre exprimait celui des sacrifices consommés dans une heureuse nuit. Le dieu avait aussi droit aux prémices des vierges : soit piété, soit précaution, soit hypocrisie, les nouvelles mariées ne manquaient pas de s’asseoir douloureusement sur la statue du dieu[125].

[125] Chaussard, Fêtes et Courtisanes de la Grèce, t. I, ch. 6. — Dulaure, Le culte du Phallus dans l’antiquité, ch. VII ; — Saint Augustin, De la Cité de Dieu ; — Priapeia, carm. 34.

La fête à laquelle s’associait le plus étroitement le culte de Priape ou du phallos était celle de Bacchus ou Dionysos, célébrée à Athènes avec le plus de pompe et le plus de licence. Ces fêtes rappellent la double ivresse du vin et de la volupté. Dans l’origine le culte, provenant sans doute de celui d’Osiris, était simple et populaire : il était célébré avec une cruche de vin, un cep, un bouc paré de festons, une corbeille remplie de figues, un phallus. Puis il dégénéra en bacchanale. La procession, qui en était la manifestation extérieure, se déroulait dans l’ordre suivant. Les bacchants ou initiés, déguisés en pans, en silènes, en satyres, déployaient les attributs d’une virilité exagérée et dans un état apparent de désir continu ; les uns étaient montés sur des ânes, les autres traînaient des boucs, en se heurtant et se mêlant au milieu de cris tumultueux. « L’homme le plus débauché, dit un Père de l’Eglise grecque, n’oserait jamais, dans le lieu le plus secret de son appartement, se livrer aux infamies que commet effrontément le chœur des satyres, dans une procession publique. » A leur suite viennent les canéphores, jeunes vierges portant des corbeilles qui contiennent les prémices des fruits et des gâteaux en forme d’ombilics ; au-dessus de ces offrandes, bien droit et couronné de fleurs, un phallos. Les phallophores suivent, couronnés de lierre, de violette, de serpolet et d’acanthe. Dans leur cortège, une statue de Bacchus remarquable par un triple phallus. Le van mystique est porté sur la tête d’une prêtresse nommée lycnophore.