La marche est fermée par les ithyphalles, vêtus d’habits de femme. Toute la ville est plongée dans l’ivresse, et des hymnes phalliques résonnent de toutes parts : « O Phalès, compagnon des orgies de Bacchus, coureur de nuit, dieu de l’adultère, amant des jeunes garçons, avec quelle joie je reviens dans mon bourg ! Combien il est doux, ô Phalès, Phalès, de surprendre la jolie bûcheronne Thratta, l’esclave de Strymodore, volant du bois sur le mont Phellée, de la saisir à bras le corps, de la jeter à terre et de la posséder ! »
Le temple s’ouvre aux initiés seuls ; des matrones vénérées en sont les prêtresses.
Pausanias conte qu’en Arcardie, Dionysos a encore une fête où le sang des femmes fouettées à outrance coule sur son autel[126].
[126] Chaussard, Fêtes de la Grèce, t. I, ch. 6 ; — Dulaure, Le culte du phallus, ch. VII ; — Aristophane, Lysistrata ; Les Acharniens ; — Pausanias, VIII, 23 ; — Démosthène, Plaid. cont. Nééra.
L’explication de la plupart des cérémonies de ce culte est fournie par la fable de Bacchus et Polymnus, telle qu’elle à été transmise par Clément d’Alexandrie[127].
[127] Voir Le Baiser : Babylone et Sodome, ch. IV, p. 160. (Daragon, éditeur).
Le symbole phallique figurait même dans les cérémonies des mystères par excellence, ceux d’Eleusis, auxquels tous les hommes distingués par leurs talents et leurs vertus s’honoraient d’être initiés. Tertullien nous apprend que le phallos faisait partie, à Eleusis, des objets mystérieux ; et un autre Père de l’Eglise ajoute qu’on vénérait aussi, dans les orgies secrètes d’Eleusis, l’image du sexe féminin. Pour justifier la présence de ces figures obscènes dans des mystères aussi saints, les prêtres imaginèrent la fable suivante. Cérès parcourant le monde à la recherche de sa fille Proserpine enlevée par Pluton, arrive à Eleusis accablée de lassitude. Une femme nommée Baubo lui offre l’hospitalité, veut la réconforter et la rafraîchir ; mais Cérès refuse toute assistance. Baubo, pour vaincre l’obstination de la déesse, a recours à une plaisanterie licencieuse. Elle cache son sexe sous une petite figure phallique, puis reparaît devant Cérès, la robe relevée, secouant et caressant le jouet postiche. A ce spectacle, aussi étrange qu’inattendu, Cérès éclate de rire, oublie son chagrin, et consent avec joie à boire et à manger[128].
[128] Chaussard, Fêtes de la Grèce, t. II, ch. 4 ; — Dulaure, Le culte du phallus, ch. VII.
Les mystères de Cérès à Eleusis attiraient une foule de courtisanes. Les dépenses de l’initiation, au profit des prêtres, étaient si considérables que les amants se faisaient un mérite aux yeux de leurs maîtresses en payant pour elles ces frais. L’orateur Lysias paya pour la jeune Métanire.
Durant les cérémonies nocturnes, les ténèbres et la loi du silence favorisaient les projets les plus hardis et les entreprises les plus téméraires, voire même des aventures scandaleuses comme celles sur lesquelles les poètes comiques échafaudèrent les intrigues de leurs pièces, supposant que de jeunes personnes, entraînées par l’ivresse des passions, s’y abandonnaient dans l’obscurité à des inconnus. Ainsi dans l’Aululaire de Plaute, la fille de l’Athénien Euclion était devenue mère pendant les mystères de Cérès, sans même connaître le père de son enfant.