C’est dans les murs mêmes d’Athènes qu’était conservé l’immense attirail nécessaire à la célébration des mystères, où l’on voyait paraître des lingams et d’autres obscènes symboles, dont la forme désignait assez l’origine égyptienne.

Du culte combiné de Cérès et de Bacchus était née cette fameuse procession, souvent composée de trente mille pèlerins qui se couronnaient de feuille de myrtes et portaient tous les ans la statue de Bacchus à Eleusis, en partant du Céramique d’Athènes, et en poussant tout le long du parcours des cris d’allégresse. Les dames d’Athènes, montées sur des chars découverts et superbement parées, marchaient à la tête de cette orgie ; et leurs aventures amoureuses commençaient déjà même avant qu’elles fussent arrivées au lieu de leur destination. Ensuite elles se permettaient, durant tout le cours de leur route, des discours si licencieux qu’on les nommait vulgairement le « langage des chariots ». C’était la véritable image d’une bacchanale ambulante[129].

[129] De Pauw, Recherches philosophiques sur les Grecs, t. II, p. 218 sqq. Plaute, L’Aululaire, prologue ; Aristophane, Plutus.

Aux mystères nocturnes de Cotytto, célébrés en Thrace en l’honneur de Cotys, la grande divinité des Edoniens, le phallos figurait sous la forme de verres dans lesquels les initiés buvaient des liqueurs excitantes. Les adeptes de ce culte à Athènes se dénommaient les Baptes, titre qui indique une purification par l’eau : ils juraient par l’amandier, qui rappelait une fable licencieuse. Jupiter, disait-on, étant agité d’un songe impur, la terre reçut la semence de l’immortel et enfanta un hermaphrodite accompli, Agdistis, auquel les dieux ne laissèrent que le sexe féminin. Son organe viril jeté sur la terre y prit racine, se changea en amandier et se couronna de fruits.

« Tels les Baptes, dit Juvénal, célébraient leurs nocturnes orgies à la lueur des flambeaux, habitués à fatiguer, dans Athènes, leur impure Cotytto. L’un promène obliquement sur ses sourcils une aiguille enduite de noir de fumée, et se peint les yeux en allongeant une paupière clignotante ; l’autre boit dans un Priape de verre, rassemble ses longs cheveux sous un réseau d’or, vêtu d’une robe bleue brochée ou vert pâle unie et servi par un esclave qui ne jure que par Junon. Là, nulle pudeur dans le langage, nulle décence à table ; là toute la turpitude de Cybèle, et pleine liberté de soupirer de honteuses amours. »

Les femmes étaient sévèrement éloignées de ces orgies. Alcibiade y était initié. Le poète Eupolis joua les mystères de Cotytto dans sa comédie des Baptes. On prétend que les initiés se vengèrent en le jetant à la mer[130].

[130] Strabon, Géographie, X, 15 ; Juvénal, Satires, II, 91 sqq. ; Eupolis, Les Baptes, fragments ; Chaussard, Des fêtes de la Grèce, t. I, ch. VI.

Le culte fondu de Cérès et de Proserpine était au contraire célébré par les femmes seules ; les cérémonies en duraient trois jours. Le dernier, on présentait aux deux déesses des gâteaux pétris de sésame et de miel, auxquels on imprimait les formes caractéristiques du sexe féminin.

Les femmes se préparaient aux mystères par l’abstinence des voluptés : elles jonchaient leur lit de plantes où circule une sève froide et paresseuse, dont l’effet est de glacer les sens. Les hommes étaient soigneusement écartés de ces mystères que couvrait un secret impénétrable ; les esclaves et les servantes étaient également éloignés.

Les pratiques intérieures étaient très licencieuses, à en croire Aristophane. Pendant la durée des fêtes, les femmes étaient logées deux à deux sous des tentes dressées près du temple de Cérès. Aussi ces mystères donnaient-ils lieu à toutes sortes de soupçons d’orgies : ainsi Agathon, prié par Euripide d’aller plaider sa cause auprès des femmes dans les Thesmophories, avoue qu’il redoute d’être accusé d’aller dérober les plaisirs nocturnes des femmes et ravir leur Vénus intime, faisant allusion aux baisers lesbiens dont, disait-on, les femmes usaient entre elles durant les réunions des Thesmophories[131].