[131] Chaussard, Des fêtes de la Grèce, 3e part., ch. V ; Aristophane, Les Thesmophories.
Les Aphrodisies, ou Fêtes de la bonne déesse, célébrées aussi en secret, étaient durant sept jours l’occasion d’indescriptibles orgies. Le troisième jour, les hommes et les chiens mâles étant bannis du temple, les femmes restées seules consommaient dans la nuit les sacrifices et les mystères. Le lendemain, les deux sexes se rapprochaient avec une effrénée lubricité. « Nous savons, dit Juvénal, ce qui se passe au fond de ces sanctuaires quand la trompette agite ces ménades et, lorsqu’étourdies par les sons et enivrées de vin, elles font voler leurs cheveux épars et hurlent à l’envi le nom de Priape. Quelle fureur ! Saufella, tenant en main une couronne, provoque les plus viles courtisanes et remporte le prix de la lubricité ; mais à son tour elle rend hommage aux ardeurs fougueuses de Médulline. Celle qui triomphe dans ses assauts lubriques passe pour la plus noble athlète. Rien n’est feint ; les attitudes y sont d’une telle énergie qu’elles auraient enflammé le vieux Priam et Nestor affaibli par ses longues années. Déjà les désirs veulent être assouvis ; déjà chaque femme reconnaît qu’elle ne tient dans ses bras qu’une femme, et le sanctuaire retentit de ces cris unanimes : il est temps d’introduire les hommes. Mon amant dormirait-il ? qu’on l’éveille. Point d’amant, je me livre aux esclaves ; point d’esclave, qu’on appelle un manœuvre : à son défaut, l’approche d’une brute ne l’effraierait pas. »
Alexis dit même que Corinthe ne célébrait pas seulement les Aphrodisies des courtisanes, mais encore une autre fête semblable pour les femmes libres. Pendant ces jours-là, il était d’usage de se livrer aux festins, et la loi autorisait les courtisanes à s’y trouver avec les femmes libres[132].
[132] Athénée, Le Banquet, XIII, 4 ; Juvénal, Satires, VI, 314 sqq. ; Chaussard, Fêtes de la Grèce, t. I, ch. 6.
Enfin la Grèce entière célébrait au printemps le culte d’Adonis, rappelant celui d’Osiris. Des prêtresses de Vénus accompagnaient le char lugubre, manifestant leurs douleurs et promenant en pompe les simulacres de Vénus et d’Adonis, qui étaient ensuite déposés sur une estrade luxueusement décorée. Après trois jours de larmes une journée d’allégresse célébrait la résurrection d’Adonis, personnifié par le plus beau des adolescents, à côté duquel, sur un lit voluptueux, était placée son amante embellie par le bonheur. L’allégresse se fondait d’ailleurs dans une scène de lubricité[133].
[133] Chaussard, Des fêtes de la Grèce, t. I, ch. 5 ; Théocrite, Idylle 15.
Les Grecs, qui avaient reçu leurs dieux des Egyptiens, des Libyens, des Pélasges et des Phéniciens, ne connurent sans doute pas Vénus avant l’arrivée de Cadmus. Mais peu à peu le culte de cette déesse s’étendit et se multiplia sous une foule de noms différents, chargés d’exprimer le plus souvent les modes de la sensualité raffinée du peuple grec. Cependant il en est qui ont trait à d’autres soucis que l’amour, Vénus étant invoquée et adorée, de préférence à toute autre divinité, dans les circonstances les plus diverses. Il nous suffira de noter au passage les Vénus dont le culte intéresse de plus près notre sujet : une énumération complète serait fort longue et risquerait d’être fastidieuse. Larcher en effet a compté chez les peuples de Grèce et d’Italie 185 temples, 104 statues et 7 tableaux de Vénus.
D’une façon générale les mystères en l’honneur de Vénus étaient célébrés en présentant aux initiés du sel, un phallos, symboles de sa naissance ; et les initiés lui offraient une pièce d’argent, comme à une courtisane.
Un des temples de Vénus les plus fréquentés était celui de Paphos. Au temple d’Amathonte, la statue de la déesse avait une barbe, le corps et l’habit d’une femme, avec un sceptre et les parties sexuelles de l’homme. Elle était appelée Aphroditos : les hommes lui sacrifiaient en habit de femmes, et les femmes en habit d’hommes.