Près d’Amathonte se trouvait le bois de Vénus-Ariadne avec le tombeau de cette princesse, conformément à la légende contée par Plutarque. Thésée est jeté sur les côtes de Chypre avec Ariadne, grosse de ses œuvres. Celle-ci débarquée, les vents emportent Thésée en pleine mer. Ariadne, recueillie par les femmes du pays, meurt dans les douleurs de l’enfantement. Thésée, à son retour, laissa une somme d’argent aux Cypriotes pour faire chaque année un sacrifice à Ariadne. Dans ce sacrifice, un jeune homme couché sur un lit imite les mouvements et les cris d’une femme en travail.
Le temple le plus ancien de la déesse en Grèce se trouvait à Cythère, où elle avait une statue armée. De cette île, elle prenait le nom de Cythérée, ou bien parce que les amants se cachent et agissent en secret, ou encore parce qu’elle cache les amants, ou enfin à cause de l’imprégnation, dit Phurnutus, qui est la suite de l’union des deux sexes. Les jeux d’étymologie permettent le choix entre ces explications.
Egée ayant introduit le culte de Vénus à Athènes, le même sans doute qu’en Assyrie et en Chypre, les Grecs conservèrent le culte d’Uranie, la Céleste, dans toute sa pureté ; mais ils imaginèrent d’autres Vénus qui présidaient, suivant eux, aux plaisirs peu chastes. Ainsi Vénus-Pandemos, ou Vénus populaire, favorisait la prostitution publique : elle était représentée à Elis, assise sur un banc. Solon lui avait fait bâtir à Athènes un temple avec les impôts qu’il avait perçus sur les femmes placées par ses soins dans les dictérions. Les courtisanes d’Athènes étaient très empressées aux fêtes de Pandemos, qui se célébraient le quatrième jour de chaque mois : ce jour-là elles n’exerçaient leur métier qu’au profit de la déesse.
Vénus était aussi adorée, en vingt endroits de la Grèce, sous le nom d’Etaira, ou de courtisane : Hésychius parle même d’un temple qui lui était élevé à Athènes, et d’un autre à Ephèse.
Vénus Peribasia ou Divaricatrix était adorée chez les Argiens. Son nom lui venait, disait Clément d’Alexandrie, a divaricandis cruribus (de ce qu’elle écartait les jambes), en un mot de son art de varier les mouvements de la volupté, de la souplesse de ses cuisses et de ses reins. Elle était nommée aussi Salacia, Lubia, Lubentina toujours à cause de sa science des voluptés. C’est à elle sans doute que Dédale avait dédié une statue en bois qui se mouvait d’elle-même par le moyen du vif argent dont il l’avait emplie. C’est certainement à l’une de ces personnifications de Vénus que s’adressaient les offrandes des courtisanes, présentées comme « dîmes des gains du lit », encore humides de parfums, dépouilles de luttes amoureuses, scandales, molles ceintures, voiles de safran, couronnes de lierre, peignes, pinces à épiler, miroirs d’argent poli, voire même « des objets qu’on ne nomme point aux hommes, des instruments de toute sorte de volupté » et un éperon d’or, « bel aiguillon des courses équestres » (il s’agit, bien entendu, d’équitation vénérienne).
A Samos, Vénus avait un temple que les courtisanes ayant suivi Périclès au siège de cette ville, firent bâtir du produit de leurs baisers.
A Péra, près du mont Hymette se trouvait encore un Temple de Vénus avec une fontaine qui procurait une heureuse délivrance aux femmes enceintes et donnait la fécondité à celles qui étaient stériles.
Les Athéniens élevèrent même des temples à Leaena et Lamia, courtisanes, maîtresses de Démétrius Poliorcète, sous le nom de Vénus Leaena et Vénus Lamia.
A Athènes encore était le temple de Vénus Psithyros ou Susurratrix, ainsi nommée, dit Pausanias, parce que les femmes qui adressaient leurs prières à Vénus les lui faisaient à l’oreille, de avec des susurrements. Mégalopolis avait élevé un temple à Vénus Mechanitis, pour l’ingéniosité de ses artifices, l’habileté de ses machinations. Syracuse, enfin, avait déifié Vénus Callipyge, en l’honneur de deux belles personnes aux charmes puissants. Un homme de la campagne, contait-on, avait deux filles très belles qui, ne pouvant s’accorder sur la beauté de leurs f….s, se rendirent sur le grand chemin pour faire décider le point en litige. Passe un jeune homme, les belles lui montrent leurs charmes. Il décide en faveur de l’aînée, dont il est épris au point d’en tomber malade. Il raconte son aventure à son jeune frère, qui se rend au même endroit, examine aussi les charmes des deux sœurs et se prononce en faveur de la cadette. Le père de ces jeunes gens, après de vaines exhortations, se laisse toucher, va trouver le père des deux jeunes filles, les emmène et les donne pour femmes à ses fils. On ne les connaissait à Syracuse que sous le nom de Belles f….s. Elles amassèrent de grands biens, dont elles firent bâtir un temple sous le nom de Vénus aux belles f….s.
Le temple de Vénus à Corinthe était si riche qu’il possédait, à titre de hiérodules ou d’esclaves sacrés, plus de mille courtisanes vouées au culte de la déesse par des donateurs de l’un et de l’autre sexe ; et naturellement la présence de ces femmes, en attirant une foule d’hommes dans la ville, contribuait encore à l’enrichir. Les patrons de navires, notamment, venaient s’y ruiner à plaisir : car les Corinthiennes étaient réputées par leur adresse à se plier à toutes les attitudes inventées par l’imagination des prêtresses dans l’exercice du culte de leur déesse tutélaire.