[12] Athénée, Banquet, XIII, 1. — Elien, Histoires diverses, VI, 4.

Dès qu’une jeune fille avait été choisie, par ce moyen ou quelqu’autre moins aveugle, on la couchait sur une paillasse et on la laissait seule, sans lumière. Le nouveau marié, qui n’était ni pris de vin, ni énervé par les plaisirs, mais sobre à son ordinaire, se glissait auprès d’elle, lui déliait la ceinture et la portait dans un lit. Dès qu’il avait accompli les rites du baiser conjugal, il se retirait dans la chambre commune des jeunes gens. Ainsi en était-il les nuits suivantes, et quelquefois des maris avaient des enfants qu’ils ne s’étaient pas encore montrés en public avec leurs femmes. Cette méthode, d’une discrétion confinant à la honte, entretenait la vigueur et la fécondité des époux et prévenait la satiété d’un commerce habituel qui use le sentiment et les forces[13].

[13] Plutarque, Lycurgue, XXIII.

La femme était si bien considérée comme un instrument de reproduction, qu’un homme vieux ou impuissant, n’ayant pas de fils, pouvait autoriser sa femme à agréer le baiser fécondant d’un jeune homme qu’il estimait. Toutefois, pour prévenir les abus de cette coutume, des magistrats étaient chargés spécialement de surveiller la conduite des femmes.

Pendant le siège de Messine, qui dura dix ans, les jeunes gens de l’armée furent envoyés à Sparte pour féconder toutes les filles nubiles, afin qu’il n’y eût pas de solution de continuité dans le mouvement ordinaire de la population[14].

[14] Plutarque, Lycurgue, XXIV.

Solon avait été moins brutal. Toutefois, la femme n’était guère mieux considérée, à Athènes, comme personne morale. En passant du gynécée de son père dans celui de son époux, la jeune épousée n’était destinée qu’à devenir la mère des enfants qu’elle lui donnerait et l’intendante de la maison qui lui était confiée.

On pouvait aussi à Athènes, toujours sous prétexte de reproduction, emprunter la femme d’un autre, sans que la loi intervînt dans ces sortes de transactions. Au reste, le mari pouvait et devait sans doute, du moins à l’origine, répudier la femme stérile comme inutile, pour chercher ailleurs une union féconde[15].

[15] Hérodote, Histoires, V, 395.

Cependant, désireux de réaliser l’union, le législateur réglemente le baiser conjugal qu’il prescrit de donner au moins trois fois par mois. Et si un mari impuissant a épousé une riche héritière, celle-ci peut solliciter le baiser d’un des parents de son mari, à son choix[16].