Tom, ensuite, redevint silencieux. Le directeur de la Monnaie, très ému par cette scène, l'entraîna au dehors après lui avoir remis son certificat de dépôt. Cet homme, déjà âgé, appela un fiacre, l'y poussa et, pendant que la voiture s'éloignait, ne put s'empêcher de murmurer entre ses dents:

«Quels gens bizarres que ces revenants du Nord! Ceux d'Arizona ou du Colorado chantent quand ils apportent ici leur or. Ceux-ci ne disent mot, ou n'ont plus d'énergie que pour se disputer. Il y a un ressort de cassé dans leur mécanisme... Est-ce le Klondike qui les abrutit à ce point-là?»

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Tom a perdu sa fiancée et son ami; mais il a de l'or, beaucoup d'or; et il se le répète ainsi qu'une litanie, pour ne pas penser à autre chose, et aussi parce que le cerveau lui fait encore plus mal que jadis à New-York. Le cocher qui le mène se retourne de temps à autre pour lui montrer les merveilles de San-Francisco; mais le client n'écoute pas, ou bien répond à tort et à travers, et l'automédon commence à se poser exactement la même question que le directeur de la Monnaie.—C'est pourtant une de ces journées à ciel bleu où l'on a envie de chanter à pleins poumons parce que l'air est rempli de parfums!...

Tout à coup une idée lui passe par la tête. «Comment n'y ai-je pas pensé?... Ça doit être ça: trop de solitude...» Il rassemble ses rênes: «Allons, hop! au trot!» et se dirige vers l'est de la ville, vers le rivage où la mer caresse amoureusement les plus splendides villas du monde.

Les voilà dans un parc en miniature, pas trop loin d'une église sur laquelle brille une grande croix de cuivre; puis, c'est une longue maison basse, entourée de vérandas, où l'on cause, où l'on rit sous des touffes retombantes de jasmin. Tiens, le son d'un luth!...

—Où suis-je? demande le voyageur.

Le cocher triomphe: il a trouvé le remède de son malade.

—C'est Yoshiwa, dit-il. N'est-ce pas que c'est beau?

Une voix l'interrompt; elle s'accompagne sur ces guitares à trois cordes qui sonnent faux aux oreilles occidentales: