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A Marseille, Luc, pour un minime salaire, aidait parfois au déchargement des navires, sous l'inquiète surveillance de Félicité.

Contribuant un jour, parmi le halètement des grues, à vider les flancs d'un paquebot venu d'Océanie, l'enfant, à son dixième trajet, reparut, au bout de la passerelle, portant sur l'épaule une caisse à claire-voie dont l'intérieur le fascinait.

Comme il courait vers sa grand'mère pour lui faire partager son étonnement admiratif, une fente de la claire-voie livra passage à deux œufs, qui, tombant sans se briser, furent ramassés par Félicité.

Luc montra dans la caisse, garnie d'eau et de grains, deux oiseaux d'éclatant plumage, ornés d'une queue insolite formant dais au-dessus d'eux. Quelques œufs, entaillés finement, gisaient sous leurs pas; d'autres, intacts, composaient, moins les deux récoltés par la devineresse, un étroit groupe régulier, qu'un des captifs alla couver, semblant se remettre avec hâte et satisfaction à une besogne interrompue depuis peu.

Songeant à l'appoint que donnerait à ses séances l'exhibition simple ou complexe d'oiseaux semblables aux deux reclus, Félicité fit couver par une poule les œufs recueillis, dont la coquille, dure et solide, avait si bien résisté à la chute. Un mâle et une femelle naquirent, destinés par la vieille femme à une active reproduction.

Sitôt adultes, les deux volatiles, spacieusement encagés et identiques à leurs auteurs, furent avec succès présentés aux curieux.

Un matin, Félicité vit la femelle, qui venait de se révéler bonne pondeuse, attaquer étrangement un groupe de sept œufs avec certain couteau naturel dont le tranchant, constituant la partie antérieure de sa queue, incisa quatre coquilles.

Trois œufs ayant tenu bon malgré une série d'agressions furent couvés par l'originale bête et ne tardèrent pas à éclore.

La sibylle voulut tirer parti, pour son art, du manège bizarre qu'elle avait enregistré sans en deviner le but.