A toutes les pontes, elle réserva, pour le public chaque fois confondu, le bris partiel des coquilles, prêtant d'avance, à l'occasion de telle anxieuse demande, une signification prophétique au nombre d'œufs appelés à demeurer saufs.
Canterel chercha la cause d'une pareille manœuvre instinctive, accomplie sous ses regards stupéfiés le soir de sa première entrevue avec Félicité.
Patient observateur, il découvrit que les petits, au lieu d'utiliser leur bec, toujours fragile, brisaient la coque, au moment de l'éclosion, avec l'audacieuse lame antérieure de leur queue. D'ailleurs, chez les adultes même, le bec, très court, contrastait par sa faiblesse atrophique avec l'extrême vigueur de l'engin caudal.
En présence du maître, un des iriseaux, ayant une fois à lutter contre un chien, s'était servi de son couteau surplombant comme arme de défense et d'attaque, sans employer ses mandibules. C'est ainsi que devaient agir contre chaque ennemi, dans leurs forêts océaniennes, tous les représentants de l'excentrique espèce en cause.
Canterel comprit que la femelle, pour empêcher des naissances prématurées, éliminait les coquilles relativement frêles, qui se fussent laissé rompre avant l'heure par des petits encore insuffisamment développés et voués dès lors à une vie de rachitisme et de souffrance.
Faisant artificiellement couver, avant l'attrayante défalcation maternelle, tous les œufs d'une ponte, il vit qu'en effet, parvenant à s'évader trop tôt de leur prison, des petits naissaient à jamais grêles et maladifs, alors que d'autres, notablement retardataires, apparaissaient pleins d'exubérante robustesse. Les coquilles de ceux-ci, douées d'une ferme épaisseur, fussent à coup sûr restées intactes sous les heurts judicieusement calculés de la mère, qui, au contraire, eût fatalement coupé celles des premiers, délicates et fines.
Plus que tout, les remuements extravagants de la femelle provoquant ses œufs avaient impressionné Canterel dans son étude des iriseaux. Persuadé que la nature ne présentait nulle part ailleurs semblable mélange indécomposable de déhanchements et de soubresauts, le maître voulut profiter de l'aubaine pour mettre en complète valeur certaine propriété troublante possédée par l'objet d'une récente découverte—dont ce passage d'Hérodote lui avait suggéré la poursuite:
En l'an 550, après avoir conquis la Médie, Cyrus, visitant Ecbatane en vainqueur, aperçut dans les palais et les temples, sous mille aspects divers, une frappante profusion d'or.
Désirant connaître la provenance de tant de métal précieux, il apprit l'existence, sous le mont Arouastou, d'une opulente mine alors épuisée.