Comme on pouvait, par haine de l'envahisseur, avoir mensongèrement donné le gisement pour actuellement stérile, Cyrus—songeant qu'au reste, bonne foi admise, une veine jadis si riche était en mesure de recéler encore quelque filon ignoré—se rendit aux lieux indiqués avec une foule de travailleurs.
Trouvant effectivement la mine dépouillée jusqu'en ses plus secrètes impasses, il fit creuser de nouvelles galeries—et admira un jour certain pesant bloc d'or capturé à de grandes profondeurs par une de ses équipes.
Mais les recherches subséquentes, dirigées en tous sens, furent infructueuses, et le monarque revint à Ecbatane avec son unique spécimen.
Fidèle à une antique tradition, Cyrus, lorsqu'il forçait une capitale, recevait avec magnificence, du haut d'un trône improvisé sur la place publique, l'humble hommage des grands du royaume en présence du peuple assemblé—puis, d'un seul trait, vidait un vase précieux empli d'eau puisée à la plus marquante artère fluviale de la contrée; le conquérant, en assimilant à sa personne même cette onde nationale, prenait symboliquement possession du pays dompté.
Impatient de fouiller la mine du mont Arouastou, susceptible, en cas de non-épuisement, d'être méchamment soustraite en hâte à son exploitation future par inondation ou ravage, Cyrus avait quitté Ecbatane en renvoyant à son retour l'habituelle solennité, où devait servir l'eau du Choaspes, grand affluent du Tigre.
Cette fois, au lieu d'adopter n'importe quel cratère pour son emblématique rasade, il fit forger une coupe dans le bloc d'or ramené de la mine. Le conquérant boirait ainsi l'eau du Choaspes dans une matière déterminée qui, récemment extraite par lui-même du sol de la région asservie, renforcerait la signification de son acte.
Au jour dit, devant une foule immense, un trône drapé de riches étoffes brillait au soleil en plein cœur d'Ecbatane. Cyrus y prit place auprès d'une table de marbre où se dressait la coupe d'or, remplie d'avance d'eau du Choaspes, et tous les dignitaires mèdes vinrent tour à tour faire leur soumission au nouveau maître.
Le défilé terminé, Cyrus, au milieu d'un grand silence, porta la coupe jusqu'à ses lèvres.
Mais il eut beau la renverser au-dessus de sa tête rejetée en arrière, l'eau, retenue par une force étrange, ne put franchir son gosier.
Troublé, il écarta l'objet et perçut aussitôt un cri de surprise proféré par tous: l'eau, sans tomber, pendait au-dessous de la coupe, qui, lancée au loin par Cyrus effrayé, atteignit la foule, où elle passa de main en main; le liquide l'avait suivie dans sa chute et, glissant extérieurement au long du métal, se balançait maintenant sous le pied sans séparation possible. L'or exerçait sur la masse d'eau une invincible et mystérieuse attraction.