Tous trois en fer véritable, l'écrou, la vis et le ressort, celui-ci très faible, assurent le fonctionnement de l'ensemble.

Tourné par le prêtre, l'écrou, attirant la vis, rapproche les mâchoires, qui, formant en bas, par l'effet d'une jointure à chape, un angle variable, viennent dès lors, sans douleur vu leur mollesse, infliger aux deux patients une pression symbolisant leur solide union cinquantenaire. Libérés au bout d'un moment, les conjoints se rassoient, et la messe s'achève.

Servant de temps immémorial à chaque célébration de noces d'or, l'objet s'appelle «Étau indu», à cause de l'insolite caractère amoureux de son immixtion si tardive dans la vie des vieilles gens. Son nom complet brille explicitement, en lettres de grenats, sur une des faces du coffret qui le renferme.


Mariés jeunes, les Le Mao, avec tout le cérémonial d'usage, avaient récemment fêté leurs noces d'or à Plomeur, et Mériadec s'était permis, par tendre espièglerie, de tourner lui-même à l'aide de sa main gauche, avec une force et une insistance inusitées, l'écrou du faux étau, semblant vouloir par là resserrer encore ses liens conjugaux.

Peu après, atteint de péricardite, Mériadec, venu à Paris pour consulter, était mort entre les bras de Rozik.

Et les moments revécus par lui à Locus Solus étaient ceux où l'étau avait rempli son rôle.

Sur demande circonstanciée, la vieille église de Plomeur consentit à prêter l'étau et son coffret. Rozik, touchée de voir quelle scène entre toutes prédominait, à chaque réveil factice, dans la mémoire du mort, voulut braver malgré son âge le froid de la glacière et jouer elle-même son personnage, pour sentir à nouveau sa main pressée par la main aimée. Un figurant à perruque tonsurée fit le prêtre.

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3o L'acteur Lauze, mort à cinquante ans de congestion pulmonaire—et amené par sa fille Antonine, encore presque enfant.