Le voyageur avait déjà passé deux ou trois jours auprès de son hôte, lorsque, une nuit, après avoir cherché en vain le sommeil, il sortit de la tente pour aller aspirer le souffle des zéphyrs.

Il faisait une nuit sereine et admirable, dont des brises douces et caressantes tempéraient la tiédeur. Dans un ciel d’azur, semé d’étoiles, la lune s’avançait, lente, majestueuse, éclairant de sa lumière le Désert auguste qu’elle faisait resplendir comme un miroir et qui présentait l’image la plus complète du silence et du repos. Ce spectacle rappela au Sévillan un poème que son ancien souverain avait composé, et il se mit à le réciter. Ce poème, c’était celui-ci:

La nuit ayant étendu les ténèbres sur la terre en guise d’un voile immense, je buvais, à la lueur des flambeaux, le vin qui scintillait dans la coupe, lorsque soudain la lune se montra, accompagnée d’Orion. On eût dit une reine superbe et magnifique, voulant jouir des beautés de la nature, et se servant d’Orion comme d’un dais. Peu à peu d’autres étoiles étincelantes vinrent l’entourer, l’une à l’envi de l’autre; d’instant en instant la splendeur s’augmentait, et dans le cortège les Pléiades semblaient le drapeau de la reine.

Ce qu’elle est là-haut, je le suis ici-bas, entouré de mes nobles chevaliers et des belles jeunes filles de mon sérail, dont la noire chevelure ressemble à l’obscurité de la nuit, tandis que ces coupes resplendissantes sont pour moi des étoiles. Buvons, mes amis, buvons le jus de la treille, pendant que ces belles, s’accompagnant de la guitare, vont nous chanter leurs airs mélodieux[295].

Puis le Sévillan récita encore un long poème, que Motamid avait composé pour apaiser le courroux de son père, irrité du désastre qui avait frappé son armée à Malaga par suite de la négligence de son fils qui la commandait.

A peine eut-il fini, que la toile de la tente devant laquelle il se trouvait par hasard, fut levée, et qu’un homme que l’on aurait reconnu pour le chef de la tribu rien qu’à son aspect vénérable, se montra à ses regards et lui dit avec cette élégance de diction et cette pureté d’accent, pour lesquelles les Bédouins ont toujours été renommés et dont ils sont excessivement fiers:

—Dites-moi donc, citadin que Dieu veuille bénir, de qui sont-ils, ces poèmes, limpides comme un ruisseau, frais comme une pelouse nouvellement arrosée par la pluie, tantôt tendres et suaves comme la voix d’une jeune fille au collier d’or, tantôt vigoureux et sonores comme le cri d’un jeune chameau?

—Ils sont d’un roi qui a régné en Andalousie et qui s’appelait Ibn-Abbâd, répondit l’étranger.

—Je suppose, reprit le chef, que ce roi régnait sur un petit coin de terre, et que, par conséquent, il pouvait consacrer tout son temps à la poésie, car quand on a d’autres occupations, on n’a pas le loisir de composer des vers comme ceux-là.

—Pardonnez-moi; ce roi régnait sur un grand pays.