Motamid, à coup sûr, ne fut pas un grand monarque. Régnant sur un peuple énervé par le luxe et ne vivant que pour le plaisir, il le serait devenu difficilement, lors même que son indolence naturelle et cet amour des choses extérieures, qui est le bonheur et l’infirmité des artistes, ne l’en eussent pas empêché. Mais nul autre n’avait dans l’âme tant de sensibilité, tant de poésie. Chez lui le moindre événement dans sa vie, la moindre joie ou le moindre chagrin, se revêtait aussitôt d’une forme poétique, et l’on pourrait écrire sa biographie, sa vie intérieure du moins, rien qu’avec ses vers, révélations intimes du cœur où se reflètent ces joies et ces tristesses que le soleil ou les nuages de chaque jour amènent ou remportent avec eux. Et puis, il eut la bonne fortune d’être le dernier roi indigène qui représentât dignement, brillamment, une nationalité et une culture intellectuelle, qui succombèrent, ou peu s’en faut, sous la domination des barbares qui avaient envahi le pays. Une sorte de prédilection s’attacha à lui, comme au plus jeune, au dernier né de cette nombreuse famille de princes poètes qui avaient régné sur l’Andalousie. On le regrettait plus que tout autre, presque à l’exclusion de tout autre, de même que la dernière rose de la saison, les derniers beaux jours de l’automne, les derniers rayons du soleil qui se couche, inspirent les regrets les plus vifs.

FIN DU QUATRIÈME ET DERNIER VOLUME.

NOTES

Note A, p. 24.

Quelques auteurs font mourir Yahyâ dans l’année 427 de l’Hégire, d’autres dans l’année 429. Le récit d’Ibn-Haiyân montre que la première date est la véritable. Cet auteur rapporte les propres termes dont s’est servi un soldat berber de Carmona, Abou-’l-Fotouh (ou Abou-’l-Fath) Birzélî, qui se trouvait parmi ceux qui se rendirent à Séville au temps de la fête des sacrifices de l’année 426 (c’est-à-dire, dans le dernier mois de cette année), et qui, dans le mois suivant, celui de Moharram 427, prit part au combat que les cavaliers sévillans livrèrent à Yahyâ près des portes de Carmona, combat qui se termina par la mort de Yahyâ. Il n’y a donc aucun doute sur l’année et sur le mois de la mort de ce prince; mais nous ne saurions indiquer le quantième du mois. Abd-al-Wâhid dit: dimanche, sept jours après le commencement de Moharram (c’est-à-dire le huitième jour de ce mois) de l’année 427; mais le huitième Moharram de l’année 427 tombe un mercredi et non un dimanche.

Au reste, le récit d’Ibn-Haiyân montre encore qu’au lieu de dire que Hichâm II fut de nouveau proclamé calife à Cordoue dans le mois de Moharram 429, Ibn-al-Athîr (Abbad., t. II, p. 34, l. 9) aurait dû dire: dans le mois de Moharram 427; car, puisqu’Ibn-Djahwar consentit seulement à le faire parce qu’il craignait d’être attaqué par Yahyâ (Abbad., t. I, p. 222, l. 28), il doit l’avoir fait nécessairement avant la mort de ce prince.

Ibn-Khaldoun (apud Hoogvliet, p. 28; j’ai corrigé le texte de ce passage dans mes Recherches, t. I de la 1re édition, p. 215 dans la note) s’est trompé gravement en parlant du rôle que Mohammed ibn-Abdallâh joua à cette époque.

Note B, p. 86.

Ibn-Khâcân prétend qu’Ibn-Abd-al-barr a écrit cette lettre à Motadhid sur l’ordre de Mowaffac Abou-’l-djaich, c’est-à-dire de Modjéhid, prince de Dénia. Mais ce dernier étant mort en 436 de l’Hégire, et la prise de Silves ayant eu lieu en 443 ou dans l’année suivante, il doit y avoir une erreur dans cette assertion. La date de la prise de Silves ne saurait être douteuse. Cette ville doit avoir été conquise après la conquête de Niébla et de Huelva en 443 (voyez Abbad., t. I, p. 252, et comparez t. II, p. 210) et avant celle de Santa-Maria en 444 (voyez Abbad., t. II, p. 210, dern. ligne, et p. 123). D’ailleurs, Motamid, qui n’était né que dans l’année 431, ne pouvait pas commander l’armée de son père avant 436, époque de la mort de Modjéhid. Je crois donc qu’Ibn-Khâcân aurait dû nommer Alî, le fils et successeur de Modjéhid, ou peut-être quelque autre prince.

Note C, p. 95.