Le grand jour arriva. Il vit sa petite amie pâle et jolie dans un nuage de mousseline. Ces deux candeurs étaient charmantes. S'approchant d'elle, il murmura :

— Comme je t'aime!

Elle baissa les yeux et fit rouler entre ses mains gantées de blanc les grains de son chapelet de nacre. Elle passa sans lui répondre, sans le regarder. Il fut triste pendant toute la cérémonie. La récitation des actes le réveilla un peu, mais il eut le cœur brisé, quand il entendit la voix de son amie :

« O mon unique bien, mon trésor, ma vie, mon paradis, mon amour, mon tout, je veux vous recevoir le cœur brûlant d'amour… O mon trésor, je veux vivre et mourir dans une union continuelle avec vous!… Mon bien-aimé s'est donné tout à moi, je me donne aussi toute à lui. O mon Jésus, je ne veux plus m'appartenir, je veux être à vous. Que mes sens soient à vous et qu'ils ne servent plus qu'à vous faire plaisir… »

« Ingrate! » songeait-il. Il eut un mouvement de colère. Puis il se remémora les charmantes heures passées avec son amie, leurs jeux, leurs rires, ces lents baisers qui les mettaient hors d'haleine, ces étreintes dont ils sortaient rougissants, la peau brûlante, les yeux humides…

« Tous ces plaisirs, c'est un autre qui va les lui donner! Et moi je suis seul… Elle ne m'aime plus… »

La petite fille eut l'honneur de parler encore après la communion. Elle revint à sa place, la première de la blanche théorie, s'agenouilla la tête dans ses mains, resta longtemps absorbée. Un sentiment puissant l'écrasait. Elle se sentait dolente et heureuse :

« Il est en moi, je le sens dans mon cœur… Mon cœur se gonfle… J'étouffe, mais c'est de bonheur… je suis aimée, je suis aimée… C'est toi, mon amour? Oh! reste dans mes bras, serre-moi bien fort encore, encore! Ah! je me trouve mal… La tête me tourne… Ah! Ah! quelle émotion! Je vais maintenant lui déclarer encore tout haut mon amour, je suis bien contente et bien fière… Tu m'aimes, dis? Il m'aime. »

Elle se leva et parla :

« O Sauveur tout aimable, je me suis donnée à vous et vous vous êtes donné à moi, je veux vous sacrifier tous les plaisirs de la terre, je vous sacrifie mon corps, mon âme, ma volonté. Je n'ai que cela à vous offrir, hélas! Si j'avais davantage, je vous donnerais davantage, je voudrais mourir pour vous… Enflammez-moi de votre amour! Mais je ne me contente pas d'une étincelle, je veux une flamme, j'en veux mille, je veux un incendie qui détruise à l'instant en moi toute attache aux créatures… Vaines créatures, laissez-moi, vous ne me verrez plus. Ne me demandez plus aucune affection. Mon cœur appartient tout entier à mon bien-aimé… »