« Elle ne m'aime plus, songeait-il, elle ne m'aimera plus jamais. »

Il pleura. Ses voisins croyaient que c'était par pieuse émotion.

Cependant la messe s'accomplissait et on entendait déjà remuer les chaises dans le bas de l'église. La petite fille rénovée par l'amour se sentit également dévorée par la faim. Alors, elle pensa à sa maison, à ses parents, à son ami, à la belle table de cérémonie, brillante de fleurs, de cristaux, d'argenterie ; elle pensa à la cuisine, à la cuisinière. Bien sûr qu'une bonne assiette de potage refroidissait déjà pour elle.

« Après, je mangerai un petit pâté… Mon ami va être là, attentif à me servir… Je l'aime bien… Nous nous promènerons en attendant les vêpres, nous cueillerons des fleurs, rien que les blanches, blanches comme mon voile, comme mon cœur. Je suis contente! »

Le petit garçon avait couru à la maison de son amie, où sa famille ce jour-là déjeunait, il était allé prévenir la cuisinière, et, à l'office, sur un coin de table, on avait préparé deux potages, et deux bouchées à la reine, et deux verres de vin.

Quand la petite fille arriva, il lui prit la main et elle se laissa entraîner. A l'aspect de la dînette préparée, son petit cœur de femme fondit de tendresse. Elle se jeta au cou du petit garçon et l'embrassa de toutes ses forces, disant :

— Tu sais, Jésus est mon époux mystique, mais cela ne va pas durer longtemps. Pendant qu'il m'aime, dis-moi ce que tu veux, il n'a rien à refuser à sa petite épouse.

— Je veux que tu m'aimes comme avant.

— Tiens, dit-elle.

Elle lui donnait ses lèvres.