— Pauvre amie, cela signifie qu'il vous néglige.
— Il ne m'aime plus.
— Vraiment, voilà une belle conduite. Mais ce n'est pas possible. D'ailleurs, je ne le permettrai pas. Je ne veux pas que mon amie soit malheureuse. Il va recevoir mes ordres.
— Ah! Madame, vous croyez donc que l'on commande aux cœurs?
— Mais sans doute. M'a-t-on consultée pour me marier, moi, princesse? On m'a dit d'aimer mon mari, et je l'ai aimé.
— Combien de temps?
— Mais je l'aurais aimé toujours, s'il avait voulu. Il n'a pas voulu.
— Vous voyez bien.
— Il ne l'a pas voulu ou peut-être il ne l'a pas pu. Le mariage ne me causait aucun plaisir, il me reprocha ma froideur, et je pleurai. Depuis ce moment, nous ne nous sommes jamais revus sans témoins. D'abord, je me sentis très humiliée, puis j'appréciai le calme des nuits solitaires. Je suis jeune fille avec bonheur. Mais depuis mon expérience, je comprends encore un peu moins les jeux, les drames, les comédies de l'amour… Alors, cela vous amuse, vous, la cérémonie conjugale?
La dame d'honneur regarda sa maîtresse avec une respectueuse et triste ironie.