— Encore un peu.
— Mais les nuages se dissipent, le ciel commence à redevenir bleu?
— Oui.
— Bleu comme mon âme, ma tendre amie, bleu comme mon cœur.
Et elle enfonçait son doigt dans son sein, à l'endroit de la meurtrissure bleue qui enchantait sa chair amoureuse.
VIOLET
L'heure violette.
LÉO LARGUIER.
On l'appelait la vieille fille, et pourtant, si elle était fille et vieille, elle n'avait l'air ni l'un ni l'autre. Son apparence était d'une veuve sur le déclin du bel âge. Elle était toujours vêtue de noir, avec une profusion de broderies, de parements et de rubans violets. Un bouquet de violettes pâles, le plus souvent, ornait son corsage et se répétait, factice, sur son chapeau. L'odeur des violettes emplissait son jardin, sa maison et son cœur : ses yeux doux étaient deux belles violettes.
La vieille fille était rieuse et dévote ; et les curés ne manquaient pas d'en tirer la preuve que la bonne humeur est l'inséparable compagne de la vertu et de la piété : « Voyez la vieille fille. Le ciel est dans son âme et dans ses yeux. » Ses yeux étaient en effet des plus doux et un sourire, à la fois céleste et puéril, répandait sa grâce sur la plénitude rose de son visage. Elle était, de tous côtés, rebondie, mais sans excès, et l'ensemble avait cette suavité reposante des architectures définitives.
Un seul point indiquait son âge, la couleur de ses cheveux. Leur blond très cendré s'était encore décoloré avec la quarantaine, tombant à la nuance de la toile bise que les années, habiles lavandières, blanchissaient, à chaque printemps, un peu.