— Connaissez-vous ce vieillard, Ser Bondetto? demanda Bonadonna, quand le pauvre fut parti. Moi, je ne l’ai jamais vu.

— Ni moi non plus, Bonadonna, je ne l’ai jamais vu. Il n’est sans doute pas de Florence.

— Il vient peut-être de très loin? dit Bonadonna.

— Peut-être, dit Bondetto.

— Vous avez bien fait de lui donner un ducat, dit Bonadonna.

— Je l’ai donné sans réfléchir, dit Bondetto.

— Vous avez bien fait, Ser Bondetto, reprit Bonadonna, car je crois que ce pauvre nous a été envoyé par le Christ, afin d’éprouver notre cœur.

— C’est aussi ma pensée, répondit Bondetto.

Depuis ce jour, Bonadonna renonça au gracieux geste de son petit doigt, léger comme un oiseau, et les meuniers de Florence furent surpris de l’insolite générosité de Ser Bondetto qui, pour mesure, maintenant, livrait volontiers mesure et demie. Tous processionnèrent vers sa boutique, croyant à une aberration momentanée, car tous voulaient profiter, tous voulant mourir riches, selon la devise qui est devenue, par la suite des temps, la devise de tous les hommes civilisés.

Cependant, Ser Bondetto vendit tout son blé, et comme il avait négligé d’en racheter, ayant d’autres idées, un jour, il ferma boutique et il dit à Bonadonna :