A ce moment, le défilé commença. Vêtues de voiles blancs, ainsi que l’Amant dont elles voulaient la conquête, une à une, les jeunes femmes gravirent la montagne sainte et, passant lentement devant le dieu immobile, elles redescendaient par un autre chemin.
Elles passaient et redescendaient tristes et pleurantes, pour venir se ranger autour de la reine, cortège de dédaignées, et cette partie de la montagne retentissait d’un bruit terrible de sanglots qui, comme les flots d’un torrent de honte, venaient retomber sur le peuple à genoux.
Toutes étaient passées et nulle n’avait été choisie!
Toutes! non, en voici encore une, mais si pâle et si indécise à gravir la route que l’on devine une incrédule, peut-être une blasphématrice.
— Va! va! cria la foule. C’est toi! Il t’attend. Va! va! Monte avec courage! Monte, tu es belle! Monte, tu es la plus belle!
Et à chaque cri de la foule, comme portée par la puissance de la parole, la victime avançait d’un pas.
Elle arriva sous la statue : les bras du Dieu, pour un instant, s’ouvrirent étendus en croix comme deux grandes ailes blanches, — et le peuple disait, ému, d’une joie divine : « Voilà celle qu’il a choisie! Merci! Gloire à Dieu! Gloire à Dieu! »
Cependant, plus pâle encore, et toute chancelante, mais résignée, la Victime, imitant les gestes du Dieu, étendit ses bras blancs vers la foule qui adora, enivrée, la beauté voulue par le Mystère.
Cet acte de prêtresse, la piété du peuple, la conscience absolue d’être bien vraiment « la plus belle », ce rôle d’hiérophante et d’holocauste, tout cela raffermit enfin la jeune femme et, sans même un regard vers celui qui, perdu dans l’assemblée des fidèles, se glorifiait douloureusement d’une telle amie, elle s’agenouilla et posa son front blanc sur le billot habillé d’étoffes précieuses. On vit s’avancer le bourreau jovial et roux qui, tout en criant de sa belle voix d’appel :
— La plus belle! La plus belle! La plus belle! sortit de son écrin le glaive nu des sacrifices.