— Seigneur, sait-on pourquoi le vent souffle en tempête, qui, l’instant d’avant, passait odorant, doux et nonchalant?

— Va et interroge les meneurs. Qu’ils disent leur désir : je l’accomplirai, s’il est juste.

Seigneur, ils ne sauront pas me répondre.

— Interroge-les toujours.

— Seigneur, vos archers seuls se font comprendre.

— Tais-toi et va.

Quand son ministre fut sorti, Sansovino reprit sa marche impatiente de prince prisonnier de l’inquiétude. Fort, mais seul contre le délire des foules, il doutait d’une force qui n’avait pas su pacifier les ouragans et intérieurement il reniait la gloire du pouvoir.

Maître de lui, cependant, et de l’ironie plein les yeux, il cherchait la cause secrète, peut-être lointaine, de cette révolte déconcertante, et, s’arrêtant çà et là, il semblait interroger les vieux confidents de sa souveraineté et ses gardiens, le double rang des héros de marbre, les énigmatiques armures, incorruptibles corps laissés là par des âmes insoucieuses ; — et il adressait aussi des questions aux êtres auréolés qui s’extasiaient dans la splendeur éternelle des mosaïques ; — et il interrogeait encore, mais d’un regard plus doux, Fulvia, sa maîtresse, sorte de reptile fauve et doré, qui se roulait à moitié nue dans un coin, vautrée parmi de précieuses soies, mangeant des oranges et jouant avec un singe.

La bête à chaque instant s’empêtrait dans les étoffes ou dans la robe de Fulvia, une courte tunique de lin rouge brodée de noires têtes de cynocéphales ; alors, elle se fâchait, montrait les dents, puis calmée aussitôt, faisait patte de velours, caressait le cou, les épaules et les seins de son amie, à l’imitation de Sansovino ; ensuite, riait en se gonflant les joues.

— Fulvia, dit le prince, je te défends de te laisser caresser par l’Angiolo. Il te mordra, et tu sais que je n’aime pas le sang.