— Pour m’amuser, répondait la reine.
Le roi demandait encore :
— Et quand vous aurez tordu toutes vos soies?
La reine répondait :
— Je ne tordrai pas toutes mes soies, je ne tresse que les plus jolies, les plus fines et les plus souples. C’est pour cela que mon ouvrage dure tant ; mais je ne m’y userai pas les doigts, n’ayez crainte, mon roi cher. Mon ouvrage dure, mais il finira, et l’heure qu’il finira, il y aura une grande surprise.
— Pour qui? demandait le roi.
La reine souriait sans répondre, et parfois ses mains tremblaient un peu et embrouillaient les fils, tellement étaient doux les yeux du roi et si anxieuse était sa voix.
N’ayant pas eu d’autre réponse, le roi ne faisait plus d’autres questions et, assis aux pieds de la reine, comme un page bien sage, il tirait de longs sanglots d’une douloureuse viole.
C’était un roi si mélancolique!
Rien, jamais, n’avait pu le contenter. Toute joie ne lui était douce qu’à moitié et, inquiet, il pleurait la moitié de joie qui lui échappait. C’était la meilleure, la plus pure, la plus suave, et elle fuyait, elle s’en allait vers l’infini, odorante fumée qui se rit du désir. Toute peine lui était d’autant plus amère, car la peine, il la sentait deux fois, et les plus fugitives, touchées d’amour pour un cœur si tendre, se posaient familièrement sur son front et le fleurissaient d’une auréole de lumineuse douleur.