Il y eut un ruisseau à passer, qui semblait un fleuve à Rosule. Irénion la prit dans ses bras et enjamba le fleuve.
— Vous êtes grand et vous êtes fort, Irénion, dit Rosule ; moi, je suis méchante : par ma méchanceté, je suis plus forte et plus grande que vous.
— Rosule, dit Irénion, petite rose, vous vous croyez vénéneuse et vous n’êtes que parfumée.
Rosule ne put s’empêcher de sourire ; mais, comme les chimères de fer, les grands dahlias restèrent graves, et leurs lourdes têtes calamistrées se penchaient toujours immobiles dans l’air pur.
Ils arrivèrent à un endroit où il y avait de grands noyers tout chargés de belles noix encore prisonnières dans les lambeaux de leur gangue verte, mais les branches étaient si hautes que Rosule pensait : Nul ne pourra jamais les atteindre.
Irénion n’eut qu’à lever le bras pour cueillir les belles noix ; puis, dépouillées de leur gangue verte, il les brisa comme des perles de verre et Rosule dit :
— Décidément, Irénion, vous êtes grand et fort ; moi, je suis rusée : par ma ruse, je suis plus forte et plus grande que vous.
Irénion n’osa rien répondre, car au même instant un grand coup de vent passa qui secoua les vieux noyers et sema dans l’herbe toutes les noix mûres.
II
Après leur mariage, Rosule et Irénion habitèrent un grand château entouré de bois et de prairies, où l’on pouvait marcher pendant des heures et des heures sans jamais repasser par le même chemin et sans sortir du domaine. Là, on se sentait roi, — maître de la terre et des arbres, de l’eau et des herbes, et presque du vent et presque des nuages, — mais Rosule et Irénion avaient d’abord à tenter d’autres plaisirs.