III

Accroupie au bord de l’étang, Rosule regardait les remous singuliers qui troublaient l’eau pure et bleue. Soulevé par le vent, le grand voile dont elle aimait à s’envelopper lui faisait deux ailes pareilles aux ailes des chimères qui veillaient sous la haute cheminée, et sa tête appesantie soudain par le crime, se penchait, lourde et calamistrée comme la tête des dahlias lourds et graves.

LA FEMME EN NOIR

De toutes les couleurs, nuances et accords de teintes, le noir, décidément, lui seyait. Les rouges et leurs succédanés plaisaient dans les glaces à son œil inquiet de joies, mais une nuit dissimulatrice aux plis enveloppants rassurait sa peur de la vérité. Il fallait paraître triste, puisque telle était la nécessité, telle était la volonté violente et secrète d’une âme vouée aux déguisements.

Son âme! Il lui était défendu de la glorifier selon le vers du plus délicat des poètes :

Mon âme est une infante en robe de parade,

mais (Albert Samain pâlira de cette parodie) elle aurait pu psalmodier sur le mode nocturne :

Mon âme est une larve en robe de mensonge.

Sa vocation était de paraître malheureuse, de passer dans la vie comme une ombre gémissante, d’inspirer de la pitié, du doute et de l’inquiétude. Elle avait toujours l’air de porter des fleurs vers une tombe abandonnée, ou d’en revenir et d’avoir pleuré sur la tristesse des destins prématurés. Si elle souriait, c’était la mélancolie d’une rose blanche au clair de lune, et si elle riait, on croyait à du sarcasme.

Pour aller du premier coup jusqu’au fond de l’abîme, elle s’ingénia d’abord à tromper Dieu par l’intermédiaire d’un jeune prêtre qu’elle enivra d’amour pur. Elle avait alors quelque seize ans et jouissait de la nouveauté de n’être plus une garçonnette qui court en montrant ses jarrets : elle montra son cœur, objet angélique dont la vraie place était sur les étagères du paradis, dans le musée de Dieu. Le jeune prêtre mania avec d’infinies précautions un bibelot si précieux et l’oignit de parfums, de larmes et de bénédictions. En donnant son cœur à Dieu, elle disait au jeune prêtre :