— Merci, monsieur le professeur, l’histoire est finie. Jouez-nous, maintenant, je vous prie, la mazurka du Dernier Amour.

Sans hésitation, car son répertoire d’œuvres surannées était vaste, le professionnel évocateur se précipita dans le Dernier Amour, « mazurka brillante », et il balançait la tête en mesure, d’une épaule à l’autre, comme un métronome. Dès la troisième mesure, il entendit derrière lui un petit cri, mais il n’en fut nullement déconcerté ; seulement, tout en continuant de se balancer en mesure, comme un métronome perfectionné, il coulait par-dessus son épaule des regards méfiants et tendait une oreille fort attentive aux progrès de l’émotion et au timbre des petits cris mystérieux ; peu à peu, il rassemblait ses jambes, se détachait du tabouret, prêt au brusque mouvement qui serait peut-être nécessaire.

La marquise se leva et vint s’accouder au piano ; elle avait vraiment l’air ému, trop ému et elle regardait son professeur de souvenirs avec des yeux terriblement reconnaissants.

C’était comme une quête, bien inutile, d’improbables audaces, — mais l’évocateur, inquiet, hâtant ses dernières notes, tout d’un coup se levait, saluait, enlevait sa boîte à violon et mettant hardiment son chapeau, au mépris du protocole, disparaissait avec une extrême rapidité.

JOSE ET JOSETTE

I

Jose était tout petit. Il allait à l’école, en suivant les chemins creux, en sautant les barrières, en se coulant à travers les haies, en musant et dénichant les nids, en cueillant les fraises ou les noisettes, les surettes ou les pimprenelles. C’était un garçon doux et obéissant ; mais, sitôt seul, il redevenait aussi instinctif et aussi sauvage qu’une belette ou qu’une musaraigne. Pas plus qu’aucune créature humaine, il n’était fait pour obéir ; l’œil, pourtant, le domptait, ou la parole. Tant que l’impression subsistait il se courbait, humble sous la volonté du plus fort.

Un jour donc qu’il allait à l’école en faisant tournailler comme une fronde la musette ou sa mère avait mis un morceau de pain et une pomme, il rencontra Josette qui, tout comme Jose s’en allait à l’école.

Josette pleurait. Elle avoua qu’on l’avait punie et qu’elle s’était enfuie en colère sans manger sa soupe. Elle avait faim. Jose lui donna son pain et sa pomme, et la petite l’embrassa pour le remercier. Elle ne pleurait plus ; elle eut envie de jouer. Ils jouèrent à aller à cloche-pied, à marcher sur les genoux, à se coucher sur l’herbe.

Le maître d’école, qui se promenait avant la classe, les rencontra et leur dit sévèrement :