— Vous êtes deux petits polissons! Est-ce ainsi que l’on joue? Il faut jouer sérieusement. Pourquoi ne jouez-vous pas à qui saura le mieux le nom de toutes les sous-préfectures, ou les noms des affluents de la Loire, ou les divisions du système métrique? Vous finirez mal, je le crains… (Il branlait la tête.) Et puis, et puis… Quoi? Garçon et fille! Les petits garçons doivent aller d’un côté et les petites filles de l’autre. Jose, va-t’en par ici, et toi Josette, va-t’en par là.

Puis, satisfait, il reprit le chemin de l’école : mais, peu à peu, ses cheveux se dressaient sur sa tête, car il prévoyait le malheureux sort auquel se destinaient ces enfants.

Il murmurait :

— Autorité, discipline, géographie, orthographe…, autorité, discipline…

II

C’était la fête de la paroisse. Le soir venu, on alluma les chandelles et on dansa. Jose, qui avait dix-huit ans et Josette qui en avait quinze, étaient là, en leurs beaux habits, et aux premiers cris du violon s’étaient enlacés sous l’œil des familles qui buvaient du cidre en parlant du temps passé, de la moisson future et des impôts plus effroyables que la grêle.

Quand la première danse fut finie, Josette, sur un signe, vint retrouver sa mère :

— Josette ma fille chérie, je t’en prie, ne danse pas avec Jose. Son père est ruiné et lui n’est rien qu’un pauvre petit valet de ferme. Ne te laisse pas courtiser par ce garçon-là car tu ne peux pas l’épouser, nous n’y consentirions pas. A l’argent il faut de l’argent, et tu as de l’argent, ma Josette, et Jose n’en a pas.

Ce soir-là, ils ne dansèrent plus ensemble.

III