Emérence eut le dernier mot et j’en fus ravi.

Un grand chapeau blanc sur ses cheveux noirs, un large panier au bras, chaussée de petits sabots, à cause de la rosée, Emérence parut sur le perron en même temps que moi et nous partîmes pour les espaliers, tout en haut du parc.

Elle n’avait plus son attitude joyeuse de la veille ; plus pâle encore, les yeux plus profonds, elle semblait triste et je crus même la voir trembler.

Quand nous fûmes à peu près à moitié chemin, elle me dit brusquement :

— Mon cousin, vous êtes venu ici pour moi, pour moi seule, et vous avez l’intention de m’épouser ; je suis au courant de tout et je sais beaucoup de gré à vos tantes de m’avoir désignée à vous, car j’aime votre nom, vous êtes mon parent et je serais volontiers votre femme, — mais il faut d’abord que je vous conte une histoire.

Elle réfléchit un instant, puis :

— Ai-je vraiment l’air d’une jeune fille?

Je répondis franchement, mais avec une indicible émotion :

— Non, vous avez l’air d’une femme.

— J’ai l’air de ce que je suis, reprit Emérence.