[161] En Savoie, dans le Centre et au Canada, tourne-soleil. — On trouve dans les dialectes (Centre, Canada), sourci, pour souci. Les formes les plus anciennes sont la solcie, la soucie. Sous l’influence de souci (soucier), le mot changea de genre.
[162] En ital. et esp. : verrucaria et verruguera. C’est l’herbe aux verrues, mais il est préférable de ne pas la confondre avec une autre herbe aux verrues, l’éclaire.
[163] Malheureusement le soleil est appelé aussi héliotrope et l’héliotrope, tournesol ; confusion absurde dont il faut encore accuser le grec, — et dont on trouvera sans doute des traces dans ce paragraphe. Il y a encore un autre nom grec, hélianthe. En somme, trois fleurs : le souci, la verrucaire, le soleil, pour leur donner les seuls noms qu’elles puissent porter en français.
[164] Et aussi solblomister (fleur soleil).
Coquelicot.
Au latin papaver qui a fourni en français tant de formes singulières, pavot, pavon, papon, paveux, pavoir — le goût populaire substitua en plusieurs régions l’idée de rouge, et le latin du moyen âge appelle rubiola, la plante que la science qualifie de papaver rubeum ; cependant l’idée de rouge se fixa sur la crête de coq, puis sur le coq et enfin sur le chant du coq que rendait l’onomatopée coquelicot ou coquericot. Cette idée était, d’ailleurs, contenue soit directement, soit par confusion, dans le nom même du coq (latin : coccum)[165] ; et c’est ainsi que les mêmes syllabes ont pu désigner deux choses aussi différentes qu’une fleurette et le chant d’un oiseau. L’exemple n’est pas unique, puisque la même aventure, mais pour d’autres motifs, est arrivée, comme on sait, au mot coucou[166], fleur et oiseau, tous les deux de printemps et de la même heure ; on a cru que la fleur naissait pour l’oiseau et pour le nourrir, — c’est une croyance générale que rien dans la création ne saurait être inutile ; mais cette fleur ou cette herbe, dédaignées des hommes et des bêtes domestiques, ou ces baies qui mûrissent loin dans les bois, à quoi servent-elles donc ? La réponse est écrite dans ces termes : herbe au loup, herbe à la vierge, herbe au diable. Elles servent à Dieu, à ses saints, au diable, — ou au loup ; les Arabes disent : ou au chacal ; elles servent aux animaux que nous ne voyons pas manger et qui vivent ; elles servent aux êtres surnaturels qui descendent pendant les nuits claires et à ceux qui rôdent pendant les nuits sans lune. Outre leurs noms distinctifs, presque toutes les plantes sauvages ont ainsi un surnom qui souvent est commun à des espèces fort différentes ; la flore populaire se meut dans l’heureuse imprécision de la poésie et de la nonchalance.
[165] Venu lui-même du verbe qui disait le chant du coq :
Cucurrire solet Gallus, Gallina gracillat.
(Philomela, 25.)