Et Cuculi cuculant…

(Phil. 35.)

Il ne faut pas s’attendre à retrouver coquelicot, ou l’une des formes diverses de cette onomatopée, en dehors du domaine roman : la plus lointaine est le roumain kukuriek, et en France même elle s’est partagé les dialectes avec papaver. Cependant le coquelicot éveilla aussi, en Angleterre, l’idée de crête de coq et l’on y rencontre cocks head, cock’s comb, cockrose (écossais). Les langues germaniques se contentent en général de l’expression rose ou fleur des blés qu’elles appliquent, d’ailleurs, avec indifférence, à la fois, au coquelicot et au bleuet.

Renoncule. Joubarbe. Fumeterre.

La renoncule, connue sous le nom de bouton d’or, a reçu dans les langues et les dialectes d’Europe[167] deux séries de noms ; les uns la désignent d’après la forme de sa feuille, les autres d’après la couleur de sa fleur. Les noms qui veulent expliquer sa feuille contiennent presque tous l’idée de pied de poule (ou de coq), ou l’idée de patte de grenouille[168], cette dernière idée souvent abrégée en l’idée de grenouille ; ceux qui veulent peindre sa fleur, l’idée d’or ou de jaune.

[167] Ici et dans plusieurs des paragraphes suivants, nous nous servons de la riche moisson de termes populaires recueillis par M. E. Rolland dans sa Flore populaire. Malheureusement, comme il ne traduit pas, une partie de sa nomenclature, dialectes étrangers et « petites langues », est souvent inutilisable dans un travail de sémantique. — Au cours d’une excellente notice sur cette Flore, M. Louis Denise avait déjà exprimé le même regret. De même il avait constaté avec soin l’incohérence de la nomenclature populaire : « Les mêmes noms empruntés à des similitudes de couleur, à de grossières ressemblances de port ou de forme, à de prétendues propriétés identiques, s’appliquent indifféremment et dans les mêmes lieux à des plantes de familles très éloignées : l’ellébore est l’herbe d’enfer dans l’Aube, mais en Provence l’erbo d’infer ; c’est le nénuphar. » (Polybiblion, 1897.)

[168] On relève, mais moins souvent et pêle-mêle, les termes : pas, pied ou patte de loup, de lion, de corbeau, d’oie, de canard. De cette imprécision inévitable, il n’y a pas à tenir compte.

« Pied de poule » se rencontre en letton, gaila pehdas ; en allemand, hahnenfuss ; en hollandais, haanevaet ; en danois, hanefod. Le latin pulli pedem a donné à nos dialectes de nombreuses formes dont les types sont piépou et poupié ; ce dernier mot est devenu le français pourpier.

La « patte de grenouille » figure dans l’anglo-saxon, lodewort (herbe au crapaud) ; dans le moyen haut allemand, froscfusz, que traduit l’appellation normande, patte de raine. La « grenouille » toute seule, c’est le grec βατραχιον ; le latin, ranunculus[169] ; le roumain, ranunchiu ; le sarde, erbo de ranas ; l’ancien français, grenouillette ; le polonais, zabiniek[170].

[169] Qui a directement passé en français, en italien, en espagnol, en portugais. Il y a la forme ranouncles, en provençal, mais c’est la renoncule d’eau.