[170] Zaba, grenouille. Le mot s’applique peut-être plutôt à la renoncule d’eau.

L’idée de jaune s’exprime en français par bouton d’or, jaunet, bassin d’or, fleur au beurre, idées que l’on retrouve dans le suédois et le danois, smorblomster (smœr, beurre), dans l’allemand dialectal, botterblum (fleur de beurre), dans l’anglais, butter-rose, golden cup, horse-gold : cette dernière image, qui appelle les fleurs de la renoncule l’or du cheval, est particulièrement curieuse. Un dialecte suédois et l’islandais appellent le bouton d’or fleur du soleil (solœga et soley) : c’est encore l’idée d’or ou de couleur jaune.

Ce partage de métaphores est assez fréquent ; ainsi la renouée, en latin centinodia (herbe aux cent nœuds), porte le même nom (herbe aux nœuds) en anglais, knot-grass ; en flamand, knoopgras ; tandis que les langues Scandinaves la dénomment herbe du chemin (danois : weigraes ; suédois : trampgraes). C’est le plantain que les Allemands disent wegerich. Cependant Hœfer[171] cite d’après le De physica de S. Hildegarde le mot weggrass, le traduit par traînasse et l’identifie au polygonum aviculare, lequel est bien la renouée. Burbaun[172] traduit centinodia par wegetritt.

[171] Histoire de la Botanique.

[172] Enumeratio plantarum ; Halle, 1721.

Une renonculacée est appelée populairement queue de souris ; c’est aussi le nom que lui ont donné les paysans dans une grande partie de l’Europe : cola de raton (Espagne) ; mauseschwans (Suisse) ; mouse tail (Angleterre) ; musehale (Danemark) ; musrumpa (Suède) ; myszy ogon (Pologne) ; myschei kvost (Russie).

Dans joubarbe on retrouve jovis barba ; c’est la barbe du dieu du tonnerre, parce que cette herbe garantit les maisons du tonnerre, d’après Opilius, qui l’appelle vesuvium. Cette idée se rencontre en Allemagne et en Hollande, où la joubarbe est donderbaert. Il n’y a pas trace de l’image conservée par le français du XVIe siècle, patte de cheval, dans les noms actuels du populage ou tussilage, mais l’allemand dit rosshuf, sabot de cheval, le hollandais hoesbladen, herbe sabot, l’italien unghia di cavallo, l’espagnol una de asno ; c’est le latin officinal ungula caballina. Le fumeterre, fumus terrae, a le même nom en allemand, erdrauch et eerderoock. Enfin la petite serpentaire a reçu en Allemagne et en France les mêmes vilains noms[173].

[173] Traductions exactes de Sacerdotis virilia (Hadrianus Junius, Nomenclator).

Adonis. Nielle.

La fleur d’Adonis n’est plus rougie par le sang du jeune dieu oublié, mais tantôt par celui de Vénus, tantôt par celui de Jésus : sang de Jésus, sang de Vénus, les deux grandes religions unies une fois de plus dans le geste de cueillir la même fleur. L’idée de sang semble inséparable de cette renonculacée[174] et son nom populaire français, goutte de sang, lui est donné en beaucoup de pays. On trouve en Italie gozze de sangue (Vérone), gioze de sangue (Trévise) ; en Espagne, gota de sangre ; en Suisse, bluatstrœfli et blutstrœpfli ; en Carinthie, bluetstrœpflan ; en Suède, bloddroppar. L’idée toute nue de rouge, mais d’une petite chose rouge, encore d’une goutte de pourpre, se rencontre dans l’ancien français rubitz ; dans le dialectal rougeotte (Vosges) ; dans l’avignonnais roubisso ; dans l’anglais pheasant’s eye (œil de faisan) et rose-a-ruby (rouge rubis) ; dans le sicilien russulida et dans le roumain, rushcutça.