—«Courage! Encore un pas. Non, ne touchez pas à l'herbe, vous allez vous couper. Donnez-moi la main…»
Vous voyez le ton de familiarité innocente et un peu sèche.
Nous allâmes nous asseoir, les pieds tombants, côte à côte, en face de la vaste mer pâlissante, et nous parlâmes, mais le vent emportait nos phrases:
—«Vous avez dit? Je n'ai pas entendu. Il fait beaucoup de vent.»
Et je répétai:
—«Il fait beaucoup de vent!»
Elle se mit à rire et son rire dominait le vent; son rire semblait apporté par le vent du fond de la nature; son rire était vraiment la réponse éternelle des choses aux questions qui contredisent l'ordre des saisons.
Qu'avais-je dit? Je crois que j'avais dit ma pensée secrète, mais en termes confus et honteux. Il y a des caractères que l'amour rend très lâches. Ils savent qu'une moquerie les éloignerait à jamais d'une femme dont ils n'imaginent plus l'absence; ils voudraient qu'on vînt à leur secours, qu'on dictât leur discours et peut-être que tout fût deviné sans paroles. Ces caractères ont beaucoup de pudeur sentimentale; c'est celui des hommes féminins. Le rire de Fairlie, cependant, ne me causa aucun trouble. Elle voulut descendre.
—«Nous marcherons le long des dunes. Là, je vous entendrai; le vent vient de terre.»
Cette remarque précise et juste me plut. Nous nous laissâmes glisser comme des enfants.