—«Que de fois j'ai joué, toute seule, à grimper aux dunes et à en descendre de toutes les façons, même les mains en avant! J'avais du sable dans les cheveux pendant huit jours. Ma mère disait que ma tête ressemblait à ces grosses éponges vertes, alourdies de sable et de petites coquilles que la marée parfois rejette sur la grève. Oh! il y a longtemps! J'ai vingt ans aujourd'hui, mais j'aime encore le jeu et j'aimerai toujours la lutte et la liberté. Que disiez-vous?

—Vous le savez.

—Eh bien, oui, je le sais. J'ai entendu. Vous disiez: «Il y a une femme que je voudrais aimer ici, sous ce ciel gris, près de cette mer vaste, parmi ce vent; et je voudrais vivre ici avec elle…» J'ignore si vous avez ajouté: «… Et y mourir.» Il faisait beaucoup de vent. Aimez-vous cette femme à cause du paysage où vous l'avez rencontrée? Ou bien aimez-vous cette terre à cause de la femme qui l'a peuplée pour vous? Est-ce la terre natale qui s'est dressée devant vous au coin d'une haie d'épines et vous a mis la main sur l'épaule? Que vous a-t-elle dit? Les choses sont muettes. Est-ce moi qui ai parlé? Je suis muette aussi. Du moins je ne réponds que quand il me plaît de répondre.

—C'est vous assurément. Je n'ai pas la superstition de la terre natale. La vraie terre natale est celle où l'on a eu sa première émotion forte. Il s'agit donc de vous, d'abord, mais je n'ai pas encore songé à dissocier votre image d'avec l'image de ce paysage rude et sombre. Quelle femme, sinon vous, aurait pu me troubler dans ce désert, parmi une telle aridité humaine?

—Il faut donc toujours en venir là?

—A quoi?

—A s'expliquer.

—Mais, dis-je, ceci n'est pas une explication. C'est une causerie un peu plus intime, peut-être, voilà tout. Nous parlons de nous-mêmes, au lieu de parler des vagues et des rochers. Je suis plein de simplicité.

—Et moi aussi, répondit Fairlie. Je ne ressemble pas aux autres femmes…

Je ne pus m'empêcher d'interrompre avec une grande politesse: