La voix de Christine l'appela du bas de la montagne. Il se leva, sortit de sa cellule et descendit vers la voyageuse attardée, un bâton d'une main et de l'autre une lourde lanterne. Mais Christine, dès qu'elle le vit, s'enfuit, criant:
«J'ai peur des grands sapins noirs.»
[II]
LES PEUPLIERS
Des flocons volaient, fleurs des
peupliers pâles.
Au matin Diomède fut délivré. Alors il songea à Pascase et le plaignit de sa folie. Il le jugeait capable vraiment de se laisser prendre ou même de se donner, né pour porter avec contentement le fardeau si lourd de l'esclavage sentimental. Sa peur n'était que l'instinctif cri de la bête surprise parmi la paix de la caverne; mais capté, il entrerait dans la cage nouvelle (si peu différente de la caverne), avec une fière docilité...
«Cela serait curieux s'il était vraiment amoureux de Christine! La jolie psychologie à suivre! Il faut tromper la Nature. Rien de plaisant comme de railler la vieille déesse naïve et de fouetter un peu ses amants! Les âmes simples seront bafouées jusqu'aux larmes...»
Il se reprit:
«Ceci encore est trop. J'exprime la haine et le mépris, moi qui ne suis incliné qu'à la pitié. Avoir pitié des hommes. Tout autre sentiment est excessif. Je voudrais répandre autour de moi d'abondantes aumônes...»