Diomède laissa longtemps sa main sur la gorge maigrie, quoique la chaleur fût vraiment d'un brasier; puis, comme Fanette avait fermé les yeux, calmée par le magnétisme du contact, il s'éloigna, allant questionner la bonne, qui pleurait dans sa cuisine.
Alors il comprit que devant la douleur et devant la mort, tout s'effaçait, intelligence, distinctions sociales et morales, castes, vertu, tous les vêtements de hasard dont l'homme recouvre son instinct nu.
Cette vieille femme qui n'avait jamais servi Fanette qu'à contre-cœur, offusquée dans ses mœurs de pauvre par toutes les délicatesses d'une vie sensuelle, cette familiale maritorne pleurait vraiment et ses paroles simples protestaient.
—Si jolie, si jeune, et si bonne, monsieur Diomède! Ce n'est pas juste! Vous me direz qu'elle suivait ses caprices et qu'elle est punie de ses péchés! Oh! monsieur Diomède, la mort, tout de même, c'est une grande punition! Je sais bien qu'elle se promenait toujours toute nue, jusqu'ici devant moi, que j'en tremblais... Ça offense le bon Dieu, ça... On ne m'a jamais vue toute nue, moi, monsieur Diomède, mais chacun a ses idées. Enfin, je lui pardonne bien tout... Le médecin a dit que c'était la fin. Il a dit aussi: Ce que j'en ai vu mourir comme ça, de ces pauvres filles! Il reviendra à minuit. Voilà les remèdes. Il en manque un. J'y retourne. Quand elle étouffera, on lui en fera boire. Alors elle mourra doucement, doucement comme un enfant qui s'endort. A ce qu'il a dit.
*
Diomède revint dans la chambre, apportant les fioles.
Tous ces manèges lui semblaient vilains. Il aurait voulu autour de la mort moins de médicaments, plus de dignité, des fleurs, une musique lointaine, des lumières pâles. L'idée de faire boire de l'opium à un moribond lui agréa, cependant. Il aima ce médecin, puis, songeant à sa fortune, s'estima heureux de n'avoir pas à craindre l'hôpital, cette prison des malades, ce laboratoire où toute chair est vile, où tout corps s'ouvre comme une bible banale à la curiosité de la Science. Tristes paraboles lues dans les nerfs détendus et dans les muscles putréfiés!... Ainsi Fanette allait mourir... Il éprouvait de l'horreur, de la pitié, mais peu de tristesse.
«Pauvre enfant! Mais qu'elle est privilégiée! Elle va mourir, mais en joie! Ses yeux défaillants auront pour dernière vision mon visage grave et la lumière d'un adieu muet; ses mains naufragées s'accrocheront à la main d'un ami; et, lourde d'être pleine de néant, sa tête penchante s'arrêtera sur mon épaule fraternelle. Ah! meurs en joie, Fanette, puisque tu dois mourir et donne-moi, bonne petite fille, l'exemple du sourire, à l'heure où le sourire est toute la beauté...
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Diomède entendit, à peine, lente et basse, la voix de Fanette: