LE JONGLEUR

Jongleur inimitable, salut!... Loin ne
tu escamotes bien la vie!

Fanette mourait, submergée par l'amour dans son grand lit de volupté. Sa face fiévreuse aux pommettes rouges, aux lèvres sèches, aux yeux aciérés, signalait le feu intérieur, la flamme dévoratrice de la vie. Elle avait découvert sa poitrine un peu affaissée et ses mains jouaient lentement avec des pages arrachées du livre doux.

*

Diomède s'agenouilla, baisa le sein brûlant. Une voix sourde mais encore douce remercia:

—Tes lèvres sont fraîches. Encore! O Diomède, te voilà, te voilà! Je savais que tu viendrais, toi. Les autres m'ont abandonnée, tous, tous! Mais toi, tu ne pouvais pas m'abandonner, puisque tu es Diomède... O toi, ô toi!... Dire que je vais mourir dans tes bras! Je suis bien heureuse... Toi et le Livre!

Et elle approcha de ses lèvres, les baisant d'un pareil amour, la main de Diomède et les pages arrachées du livre doux.

—Mais tu es jolie, petite Nette, tu souris, tu as les yeux clairs... Donnez votre bras... Fièvre... beaucoup fièvre... Se couvrir, rentrer ses bras, penser à rien, dormir...

—Dormir... Il y a si longtemps que je n'ai dormi! Mais j'attends le grand sommeil... Oh! que je serai bien! Déjà je suis bien... Tu es là! Oui, il est là! Écoute, ils sont venus tantôt, les grands fantômes avec des yeux de feu sous leurs suaires... Ils voulaient m'emmener, mais je les ai priés... Je voulais te voir... Ils vont revenir. N'aie pas peur, Diomède, ils ne sont pas méchants. Ce sont les anges qui viennent prendre les âmes pour les conduire vers la joie, là-bas... Ah! je souffre! Mon cœur est rouge comme un charbon, il se tord, il crie, il éclate, il flambe! Mets ta main pour éteindre les flammes... Ta main est fraîche... Oh! comme je t'aime!

*