—Je l'ai su, répondit Cyran, avec une certaine gravité.
Il fit disparaître son eucologe et reprit doucement, après un silence:
—Diomède, je ne cherche pas à vous tromper, et vous me connaissez trop pour ne pas savoir discerner ma vraie pensée d'entre les faux cabochons. Eh bien, j'ai vraiment besoin de candeur, de fraîcheur, de blanc, de neige! Je me suis tellement brûlé, je me suis tellement sali...
—Oui, dit Diomède, le péché est une morphine; on meurt de ses piqûres et on meurt de l'absence de ses piqûres. Il vaut peut-être mieux mourir agréablement.
—Mais je mourais bêtement avec la sensation de m'enfoncer dans la vase mouvante d'un marais... Un jour je lisais des pages de Hello. L'émotion dominait le sourire, je me rêvais, je méditais... Enfin j'ai été foudroyé.
—Saint Paul, saint Cyran, comme dit Cyrène.
—Peut-être... Que devient-elle?
—Rien de bon, dit Diomède. Elle s'ennuie et vous aime toujours.
Cyran reprit, sans insister:
—Moi, je suis très heureux, je vis en paix, je me roule dans la neige et dans le blanc d'argent, je ne crains Cyrène ni aucune femme et je peins des fresques sur les murs d'une église toute nue. J'en ai pour vingt ans; je mourrai là si on veut m'y faire un lit de paille et de cendre, quand viendra mon heure. Adieu.