Brusquement, il abandonna Pellegrin et le prêtre; au bout de quelques pas, se repentit:
«J'aurais dû garder Pellegrin. Je vais m'ennuyer jusqu'aux larmes.»
Il revint; ils étaient partis.
«Oh! Comme ma vie se défeuille!»
*
Il n'osa pas retourner chez Fanette, revoir l'abandon du lit et ce fauteuil où la sœur de la Mort semblait s'être assise pour éternité.
Où pouvaient, songea-t-il, se recruter de telles vocations? Quelle corne, sonnant dans la nuit, sonnait assez haut, pour assembler un troupeau d'aussi lamentables femmes? Donner toute sa vie à la mort, n'avoir d'autre souci que la toilette des cadavres, la veillée solitaire près des corps rigides et des faces froides où l'ombre du nez marque une heure immuable sur la putréfaction de la joue!
Ces créatures choisissait un métier aussi triste sans doute par plusieurs motifs. D'abord il était nécessaire et traditionnel, hérité des anciennes corporations mortuaires dont la bêche pieuse avait creusé tant de catacombes. Diomède ensuite admettait cet impérieux besoin du salut qui incline les êtres soit au sacrifice, soit au crime, si, comme pour les musulmans, le crime; est un des chemins du paradis. Mais surtout la cause du choix était la vocation, l'instinctive marche à l'appel de la corne, l'absurde tendance humaine à obéir aux voix...
«Ces sœurs et les hommes qui vivent pareillement de la mort sont les scarabées nécrophores de l'humanité. Leur destinée est invicible. Leurs nerfs tressaillent aux parfums de la pourriture comme d'autres nerfs à tous les parfums de la vie, et, comme disait l'abbé Quentin, c'est beau, parce que c'est cordial et humain.»
Songeant aux mâles et aux femelles qui vivent ensemble sans communion corporelle, en colonies d'un seul sexe, Diomède parvint enfin à comprendre: de sexes différents, leurs dermes se repoussaient; du même, il y avait attraction; mais chaste, car le motif d'un tel exil était précisément l'inaptitude sexuelle.