Le prêtre semblait suivre un discours intérieur. Il proféra, l'air inspiré:
—Dieu et la vie... La vie en Dieu, sérieuse, cordiale, riche d'amour et de joies... C'est la mort qui m'a fait aimer la vie. C'est en voyant mourir que j'ai compris combien la vie est grave et combien elle devrait être heureuse pour justifier la mort. Ayant connu l'injustice, j'ai cru à l'infini où tout s'annule et au magistère de Dieu, qui est la douleur infinie et l'absolu de nos souffrances. Dieu souffre de ne pouvoir se connaître et nous soufrons de ne pouvoir connaître Dieu. Aimons Dieu et nous le connaîtrons; allons à son secours; aimé des hommes, il se connaîtra dans l'amour des hommes, et toute vie de douleur cessera et toutes les âmes, les âmes humaines et l'âme divine, seront béatifiées dans l'infini. La création de la vie est le moyen de salut que Dieu au commencement des siècles trouva pour lui-même; elle est le miroir où il voulait se voir, mais la méchanceté des hommes a obscurci la face de la terre. Et devant la mort, je songe à l'inutilité de la souffrance et à toutes ces vies douloureuses éternellement sacrifiées. J'attends le règne de l'Amour. Et quand une âme s'est séparée de la vie charnelle, elle s'en va dans les douces ténèbres attendre le règne de l'Amour. Elle ne souffre pas, elle attend—et non pas en vain.
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Diomède loua de tels sentiments, trouvant d'ailleurs cette théologie assez curieuse.
En secret, il jugeait l'écclésiastique un peu divagant, eût préféré un curé de campagne, apte à jouer aux boules.
Puis:
«Opinion de mauvaise humeur... Que j'ai donc l'esprit de dénigrement!»
Puis:
«Encore une journée où j'aurai bien peu pensé à moi... Une lettre de Néo m'attend, certainement. Aussi, il faut que j'enlève mon portrait et ceux de Fanette, avant la venue des stupides héritiers... Le règne de l'amour. Fanette était cela, un peu. Pauvre enfant!»
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