Pellegrin se mit à rire:
—Mon cher Diomède, si vous intercalez des métaphores dans une discussion philosophique, la nuit va se faire, une nuit peuplée de songes...
—Une nuit peuplée de songes... Ça, c'est bien l'image de ma vie.
—Et de toutes les vies, reprit l'abbé Quentin. Dès qu'une tête veut penser, le crépuscule descend sur elle. On cherche parmi l'obscurité ses clefs tombées.
—Oui, dit Diomède, vous voudriez ouvrir la porte de la chambre où la Vérité se contemple éternellement dans plusieurs miroirs pendus aux murs. Elle se sourit à elle-même et badine avec ses compagnes, qu'elle méprise, car elle est la Vérité... Avez-vous lu Palafox? Il faut lire Palafox.
—Vous me rejetez vers la magie, Monsieur, répondit le prêtre, qui crut à une raillerie. Mais je sais ce que je veux. Je veux aider les hommes à souffrir et je veux les aider à se délivrer de la souffrance. C'est pourquoi; ai parlé à votre mourante comme vous l'avez entendu.
—Mais c'était de la magie, cela aussi; c'était conjuratoire.
—Non, c'était l'encouragement d'une âme à une âme. Ai-je bien fait?
—Votre petit poème était agréable, Monsieur, répondit Diomède, mais moins que les paroles liturgiques. Et en cela précisément, il m'a semblé que vous vous exiliez de l'harmonie. Songez que de ces paroles, plusieurs sans doute sont plus vieilles que toutes les religions connues, très vieux balbutiements de la terreur primitive! Ce que vous nommez avec dédain des formules, c'est de la beauté verbale cristallisée dans la mémoire des siècles. Il y a dans le Zend-Avesta quelques phrases qui pourraient encore me consoler et bénir ma vie et mon pain; mais elles sont inusitées et peut-être inefficaces. Les mots ont leur magie, Monsieur, et je crois très fermement que des vers de Virgile ont produit des incantations.
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