Il parlait doucement, d'une voix lente, nette, un peu oratoire, sans hésitation ni arrêts que voulus. Pellegrin buvait ses paroles. Diomède écoutait avec attention, intéressé aussi par le menton volontaire, la bouche large, le nez fort, le front bombé, sous lequel les yeux s'encastraient comme des cabochons dans la tiare d'un roi barbare.
Il continua.
—Un jour, je terrifiai un vicaire occupé à des pratiques dont nous ne pourrions justifier un nègre, en lui disant: Dieu n'est pas si bête que vous le croyez. J'avais tort. L'intelligence et la stupidité sont sans doute des formes et non des degrés de l'esprit. La superstition qui nous choque et l'acte de liberté qui nous émeut peuvent avoir des significations également profondes ou également nulles... Qu'en pensez-vous?
*
Il s'était arrêté brusquement, regardant Diomède, qui répondit:
—Je pense que vous venez de vous contredire et que vous vous en êtes aperçu.
—Oui, oui... Je voudrais joindre les contradictions, je voudrais unir la foi et l'intelligence.
—En niant l'intelligence!
—Non j'ai dit une sottise... Et pourtant?
—Ce n'est pas une sottise, reprit Diomède; c'est une manière de voir et assez défendable, car l'intelligence est une échelle et la stupidité est une brouette...