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—Les jets d'eau que je regarde, dit Diomède, redescendent toujours; mais ceux que j'écoute parfois se taisent. Ils n'ont pas la pudeur du geste; ils ont celle delà parole. Il faudrait les comparer à des femmes amoureuses. Cela ferait une jolie dissertation. J'y ai convié Tanche qui a du goût. Le jet d'eau, quel joli prétexte à faire valoir la grâce de nos derniers poètes! Depuis Verlaine, que de sanglots dans les vasques! Ne serait-ce point charmant et ingénieux de classer les poètes d'après les idées ou les images évoquées en eux par le frêle et mystérieux jet d'eau? Tout cela mêlé d'une petite histoire de l'hydraulique sentimentale des jardins, depuis Pétrarque et la fontaine de Vaucluse,—qui certainement était un jet d'eau... Qu'en pensez-vous? Encouragez Tanche.
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A ce moment, comme une conclusion, dernière page d'album et image vivante, Mauve se présenta. Sans rien dire, arrêtée soudain, elle prit les mains de Diomède et les baisa d'un même baiser avec une dévotion sensuelle, puis elle dit, répondant d'avance à toutes les questions des yeux et des lèvres:
—C'est Mauve.
Pascase salua, non sans cérémonie. Alors Mauve éclata de rire.
Diomède expliqua:
—Ne soyez pas effaré, Pascase, Mauve s'appelle aussi le Rire. Elle rit parce qu'elle ne vous a jamais vu. Mauve rit comme un enfant devant tout ce qui est nouveau pour elle. Mauve vous aime déjà, vous sachant mon ami.
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Elle répondit, faisant des yeux d'animal doux;—Mauve est très sérieuse, même quand elle rit. Mauve a le droit de rire, étant jeune, belle et bonne. Mauve est très bonne, et aussi très méchante, quand on la contrarie, et très laide quand elle pleure. Mauve aime Pascase, si Pascase veut être aimé.